Toujours soucieuse d'animer une vie culturelle intense et exigeante, l'Alliance Française de Lima accueillait, cet été, une exposition de l'artiste péruvien Javi Vargas Sotomayor, intitulée "La falsificación de las Túpac". Túpac Amaru II, suite à son soulèvement en 1780, est un symbole de rébellion et d'insurrection au Pérou ; un précurseur de l'indépendance. Sa révolte a d'ailleurs inspiré le Mouvement Révolutionnaire Túpac Amaru (MRTA), contemporain au Sentier Lumineux, dans les années 1980-2000 (et qui n'était pas tendre non plus).
Le MHOL (Movimiento Homosexual de Lima, l'équivalent péruvien d'Act-Up) estime que 500 homosexuels ont été tués durant les années de violence politique, par le Sentier Lumineux et le MRTA. Partant de là, notre artiste a voulu travestir le portrait de Túpac Amaru, dans un processus "drag" (le sous-titre de l'exposition est d'ailleurs "Stratégies queer-camp"). Voici par exemple Dina-Amaru et Marilyn-Amaru (Dina Paucar étant une célèbre chanteuse folklorique rousse) :
Selon l'artiste, je cite, l'exposition "propose de remettre en question et déstabiliser le statut des représentations hégémoniques, en cherchant à montrer les catégories comme des modèles culturels, dont les représentations passent par un circuit politique de production, régulation et consommation. Elle se confronte au pouvoir des représentations patriarcales et militaristes, ainsi qu'à la publicité de la consommation néolibérale".
La virilité est un élément essentiel du guerrier et du héros péruvien, une virilité idéalisée, surhumaine. L'artiste cherche donc à la "falsifier"en restituant la dualité de genre à travers un métissage avec ses idéaux féminins ; bref, à supprimer la dichotomie entre hommes et femmes. Si j'ai bien compris. J'avoue être assez peu perméable aux débats idéologiques portant sur la subversion de genre.
Voici maintenant "La Velasco", face féminine du général à la tête du Gouvernement Révolutionnaire des Forces Armées dans les années 1970, et plus bas, le triptyque "Ton corps est un champ de bataille", allusion à l'écartèlement de Tupac Amaru sur la place d'armes de Cuzco. C'est saisissant.
Le Collectif Contranaturas a crié à la censure après le retrait de l'installation vidéo qui accompagnait les tableaux par l'Alliance Française, suite à plusieurs plaintes de pères de famille, ce qui traduirait la politique "discriminatoire et homophobe" de l'AF. C'est étrange, parce que j'ai quand même pu voir cette "performance" en visitant l'expo dans ses derniers jours. Les Contranaturas ont raison : il n'y a pas de nu qui pourrait choquer de jeunes enfants. En revanche, des travestis en bas résille qui se roulent par terre en se léchant goulument, et en poussant des feulements libidineux, si.
Remercions donc l'Alliance Française de Miraflores pour nous proposer une prise de risque aussi audacieuse, qui nous offre une vision du "corps comme simulacre cosmétique et parodique d'identités qui se moquent du binarisme sexuel des identifications de genre (hétéronormatives)". Le rayonnement culturel de la France ne se dément pas, moins encore que l'extrême acuité de jugement de nos attachés culturels, dont la programmation reste à la pointe du progressisme artistique.
Pour les plus dérangés, l'artiste a un site internet où il présente d'autres oeuvres, mais vous devrez le chercher vous-même...











