mardi 29 septembre 2009

"La falsification des Tupac" ou l'incomparable rayonnement culturel de la France au Pérou

Toujours soucieuse d'animer une vie culturelle intense et exigeante, l'Alliance Française de Lima accueillait, cet été, une exposition de l'artiste péruvien Javi Vargas Sotomayor, intitulée "La falsificación de las Túpac". Túpac Amaru II, suite à son soulèvement en 1780, est un symbole de rébellion et d'insurrection au Pérou ; un précurseur de l'indépendance. Sa révolte a d'ailleurs inspiré le Mouvement Révolutionnaire Túpac Amaru (MRTA), contemporain au Sentier Lumineux, dans les années 1980-2000 (et qui n'était pas tendre non plus).
Le MHOL (Movimiento Homosexual de Lima, l'équivalent péruvien d'Act-Up) estime que 500 homosexuels ont été tués durant les années de violence politique, par le Sentier Lumineux et le MRTA. Partant de là, notre artiste a voulu travestir le portrait de Túpac Amaru, dans un processus "drag" (le sous-titre de l'exposition est d'ailleurs "Stratégies queer-camp"). Voici par exemple Dina-Amaru et Marilyn-Amaru (Dina Paucar étant une célèbre chanteuse folklorique rousse) :




Selon l'artiste, je cite, l'exposition "propose de remettre en question et déstabiliser le statut des représentations hégémoniques, en cherchant à montrer les catégories comme des modèles culturels, dont les représentations passent par un circuit politique de production, régulation et consommation. Elle se confronte au pouvoir des représentations patriarcales et militaristes, ainsi qu'à la publicité de la consommation néolibérale".
La virilité est un élément essentiel du guerrier et du héros péruvien, une virilité idéalisée, surhumaine. L'artiste cherche donc à la "falsifier"en restituant la dualité de genre à travers un métissage avec ses idéaux féminins ; bref, à supprimer la dichotomie entre hommes et femmes. Si j'ai bien compris. J'avoue être assez peu perméable aux débats idéologiques portant sur la subversion de genre.



Voici maintenant "La Velasco", face féminine du général à la tête du Gouvernement Révolutionnaire des Forces Armées dans les années 1970, et plus bas, le triptyque "Ton corps est un champ de bataille", allusion à l'écartèlement de Tupac Amaru sur la place d'armes de Cuzco. C'est saisissant.
Le Collectif Contranaturas a crié à la censure après le retrait de l'installation vidéo qui accompagnait les tableaux par l'Alliance Française, suite à plusieurs plaintes de pères de famille, ce qui traduirait la politique "discriminatoire et homophobe" de l'AF. C'est étrange, parce que j'ai quand même pu voir cette "performance" en visitant l'expo dans ses derniers jours. Les Contranaturas ont raison : il n'y a pas de nu qui pourrait choquer de jeunes enfants. En revanche, des travestis en bas résille qui se roulent par terre en se léchant goulument, et en poussant des feulements libidineux, si.

Remercions donc l'Alliance Française de Miraflores pour nous proposer une prise de risque aussi audacieuse, qui nous offre une vision du "corps comme simulacre cosmétique et parodique d'identités qui se moquent du binarisme sexuel des identifications de genre (hétéronormatives)". Le rayonnement culturel de la France ne se dément pas, moins encore que l'extrême acuité de jugement de nos attachés culturels, dont la programmation reste à la pointe du progressisme artistique.



Pour les plus dérangés, l'artiste a un site internet où il présente d'autres oeuvres, mais vous devrez le chercher vous-même...

lundi 28 septembre 2009

lundi 21 septembre 2009

El Pezweon

L'un des livres les plus vendus au Pérou, ces derniers temps, ce n'est pas le dernier essai de Mario Vargas Llosa... C'est un petit livre sur les aventures du pezweon. Pour comprendre, il faut savoir qu'un des diminutifs affectueux avec lesquels on appelle les gens, ce peut être "huevon" (ou weon, ou won, ou juste on : couillon mais en plus affectueux, comme je vous le disais) ; il faut aussi savoir qu'il existe un "pues" intempestif et très péruvien, qui peut aussi donner "pe", pez", "pueeeees" : "sé conciente pe" pourra ainsi se traduire par "soit conscient, quoi" ; par un intraduisible "yaaaa, pueees" ("vas-y, allezzzzz") accompagné de la bonne accentuation, on finira par vous dire ce que vous attendiez. On peut évidemment combiner en fin de phrase ces deux interjection : cela donne le fameux "pez weon".

Qui est ce huevon?
C'est le pezweon, pezweon.
Un poisson (pez en español) avec une paire de testicules roses (ce qui se dit huevon), que tout le monde a sur les lèvres.
Toi et tes amis, vous le nommez chaque fois que vous terminez une phrase.
Il n'a aucune expression.
Il peut lui arriver plein de choses, il aura toujours la même tête.
Il ne sourit pas.
Il ne pleure pas.
Il ne nage pas.
Il flotte.
C'est le pezweon, pezweon !

Les aventures du pezweon, diffusées dans le journal de la Catolica, sur facebook et dans le petit "Livre du pezweon", sont toutes simples : une bande de trois vignettes au maximum, une mise en situation silencieuce, à la fin de laquelle quelqu'un finit par s'écrier : "mais fais quelque chose, pezweon !" Par exemple, ici, le poissoncouillon est bien entouré. "Présente tes amies, pezweon !"

L'humour péruvien existe donc : vous venez de le rencontrer :)

mercredi 16 septembre 2009

Le Pérou retourne dans les souvenirs...

... j'ai oublié de signaler la fin de mon séjour au Pérou, deux superbes mois passés entre mon stage au Musée national d'archéologie, d'anthropologie et d'histoire, quelques excursions durant les week-ends, et les retrouvailles avec mis patas del año pasado.
Le blog continue : il y aura de quoi faire en présentant les collections du musées, divers endroits du Pérou, des voyages, des chansons, des découvertes... comme d'habitude !

A très bientôt !

François

jeudi 10 septembre 2009

Máncora, un film de Ricardo de Montreuil

Le cinéaste péruvien Ricardo de Montreuil fait partie des 20 hispaniques les plus en vue d'Holliwood, bien qu'il n'ait que deux films à son actif : "La mujer de mi hermano" (2006), adaptation du sulfureux Jaime Baily, gros succès dont le titre est déjà tout un programme ; et "Máncora" (2008), qui a ouvert le dernier Festival de Sundance.
L'histoire est assez simple : Santiago est un jeune liménien dont le père vient de se suicider. Il étouffe dans l'hiver gris de la capitale et ses remords.
Débarquant de New York, sa demie-soeur Ximena, photographe espagnole, et son mari Iñigo le rejoignent alors qu'il décide de fuir Lima, et de se changer les idées dans la station balnéaire de Máncora, tout au nord du Pérou.
Dans ce paradis artificiel tourné vers l'Occident, cette belle jeunesse est entraînée dans une spirale d'excès, de drogues, de sexe et de jalousie. Et Santiago ne découvrira le sens de la vie qu'en se brûlant les aîles...

Ca ressemble un peu au film mexicain "Y tu mama también" (2001) (un road-movie avec une fille et deux garçons argentés qui traversent un pays qui n'est plus trop le leur, vers une plage et des relations faciles), peut-être en moins bien... malgré les images superbes... La philosophie du film n'est, somme toute, guère plus approfondie que dans Brice de Nice.

Les scènes de soirées, de drogue et de violence maintiennent un certain rythme au film... malgré tout, ça reste une vision étrange du Pérou, vu de l'extérieur, vu de cette frange occidentalisée et décadente de la population liménienne. D'ailleurs, deux des trois principaux personnages sont étrangers, ce qui a été vu comme une "blanchisation" de l'histoire. Il n'en faut pas plus à certains Péruviens (en particulier aux exilés) pour y voir des relents de racisme... Et les critique fusent, comme chaque fois qu'il y a un film sur le Pérou :)

Le film sort actuellement, en septembre 2009, dans les salles péruviennes. Le public intéressé -et averti- pourra également voir la bande-annonce, qui résume en montrant presque tout :

mercredi 9 septembre 2009

Los heraldos negros (César Vallejo)

L
Los Heraldos Negros, de César Vallejo (1917)

Hay golpes en la vida, tan fuertes... ¡Yo no sé!
Golpes como del odio de Dios; como si ante ellos,
la resaca de todo lo sufrido
se empozara en el alma... ¡Yo no sé!

Son pocos; pero son... Abren zanjas oscuras
en el rostro más fiero y en el lomo más fuerte.
Serán tal vez los potros de bárbaros Atilas;
o los heraldos negros que nos manda la Muerte.

Son las caídas hondas de los Cristos del alma
de alguna fe adorable que el Destino blasfema.
Esos golpes sangrientos son las crepitaciones
de algún pan que en la puerta del horno se nos quema.

Y el hombre... Pobre... ¡pobre! Vuelve los ojos, como
cuando por sobre el hombro nos llama una palmada;
vuelve los ojos locos, y todo lo vivido
se empoza, como charco de culpa, en la mirada.

Hay golpes en la vida, tan fuertes... ¡Yo no sé!


Les hérauts noirs

Il y a, dans la vie, des coups si forts... Moi je ne sais !
Des coups comme de Dieu la haine ; comme si avant eux
le ressac de tout ce qui fut souffert
se déposait dans l'âme... Moi je ne sais !

Ils sont peu nombreux ; mais ils sont... Ils creusent d'obscurs sillons
sur le plus fier visage, sur le dos le plus fort.
Ils sont parfois les poulains de barbares attilas ;
ou bien les hérauts noirs que la Mort nous envoie.

Ce sont les chutes profondes des Christs de l'âme,
d'une adorable foi que le Destin blasphème.
Ces coups sanglants sont les crépitations
d'un pain brûlant pour nous à la porte du four.

Et l'homme... Pauvre... Pauvre ! Il tourne les yeux, comme
quand sur l'épaule un battement de main nous appelle ;
il tourne des yeux fous, et tout ce qu'il vécut
se dépose, comme une flaque de remords, dans le Regard.

Il y a des coups dans la vie, si forts... Moi je ne sais!

(Traduction Jean-Jacques Dorio et Jean Dif)

Quelques liens péruviens

Pour les amateurs de Pérou, voici quelques liens supplémentaires :

- Lima Delhi, d'un monde à l'autre : deux Sciences Po de 3e année qui prennent la relève, l'une au Pérou et l'autre en Inde... bonne continuation à toi Jennifer !

- Les Peuples du Soleil : un "blog consacré aux fictions mettant en scène des peuples précolombiens" : on y découvre des perles, l'imagination des auteurs de science-fiction étant débordante...

-(H)OMBRES, ou "huit mois au coeur des classes laborieuses" : Un camarade du Nouveau Parti Anticapitaliste à la recherche des luttes sociales d'Amérique du Sud, et dont le voyage vient de s'achever. Je viens de lire aujourd'hui un entretien de Michel Foucault de 1975, republié dans Le Point le mois dernier (disponible ici), qui éclaire le sens du blog : un désir de révolution, l'envie de trouver des révolutionnaires "à la française" au Pérou ou en Bolivie (et la déception lorsqu'on se confronte aux réalités^^).

- Patxi et son bel esprit critique, que je n'avais pas encore cités (la censure politique, sans doute), il me le pardonnera.

- Peru vs Francia : Un Péruvien vivant en France et comparant nos deux pays (en espagnol) : une étude intéressante !

mardi 8 septembre 2009

Petit-déjeuner avec la maçonnerie française

Chronique de Guillermo Giacosa (un journaliste argentin qui vit et travaille au Pérou depuis plusieurs décennies), publiée dans Peru21 le 15 août dernier.

C'est arrivé durant mon premier séjour en France, en 1962, par une matinée ensoleillée, dans la maison que les parents de Catherine, ma petite amie, avaient à Vouvray. Alors que nous nous préparions pour visiter la région, elle m'annonça que Patrick, un ancien employé de son père, passerait pour déposer des affaires et en profiterait pour prendre le petit-déjeuner avec nous. En information annexe, Catherine me déclara en français que Patrick était "maçon". A cette époque, la masoneria, qui aujourd'hui ressemble beaucoup au Lion's Club -toutes mes excuses aux francs-maçons et aux lions si je me trompe, mais je le vois comme ça- était pour moi une passionnante société secrète que je rattachais au général José de San Martin, à quelques français comme Montesquieu et aux Templiers. En tout cas, lorsque Patrick arriva il ne ressemblait en rien aux mystérieux francs-maçons de mon imagination. C'était un homme ordinaire, assez usé par la vie, un peu rustre et en rien loquace. J'attribuai immédiatement cette dernière caractéristique aux secrets que devaient garder les membres de cette loge, mais je décidai de ne pas m'arrêter là. Après le petit-déjeuner, je prolongeai la conversation à table, ce qui inquiéta Catherine qui avait prévu d'autres choses pour la matinée. Je lui posai mille questions à double sens, auxquelles le maçon Patrick, qui ne semblait pas les comprendre, répondait très simplement. Soit j'étais très lourdaud, soit ce Patrick était un maître dans l'art de l'évasion. Ses références aux fils à plomb, aux briques et au ciment ne collaient pas toujours avec mes interprétations. Parfois si, et je m'en réjouissais. C'est par un "Guillermo, il faut y aller maintenant" que Catherine interrompit mon interrogatoire de l'énigmatique Patrick.

A peine était-il parti que je demandai : "Il est vraiment maçon ?". Au "oui" de Catherine, je fis : "Il me semblait bien rustre pour l'être."
"Pourquoi, en Argentine il y a une université pour les maçons ?"
"Non, mais je pensais que c'étaient des gens d'un autre niveau."
"Bon, pour poser des briques, il ne faut pas avoir lu Héraclite", fit-elle en souriant.
Ce fut, comme toujours, le brave Héraclite qui alluma ma lanterne.
"Et quel est son travail ?" demandai-je.
"Il est maçon, que veux-tu qu'il fasse d'autre ? Tu es plus bête que d'habitude, aujourd'hui."
Silence, honte, et nouvelle question :
"Il n'appartient pas à la loge secrète à laquelle appartenaient plusieurs révolutionnaires français ? Il n'appartient pas à la maçonnerie ?"
Catherine s'illumina et éclata de rire, un rire qui ne s'arrêta que plusieurs heures plus tard, et auquel je m'associai rapidement.
"Celle-là, on l'appelle franc-maçonnerie et ses membres sont des francs-maçons, pas des maçons. Les maçons sont tout simplement des plâtriers", me dit-elle.

Je suppose que le pauvre Patrick n'apprit jamais la confusion de son interlocuteur argentin et affirma même qu'il m'avait trouvé extraordinairement sympathique -personne ne lui avait jamais prêté autant d'attention- même si, il faut bien le révéler, il avoua n'avoir jamais rencontré une personne si intéressée par la maçonnerie.

lundi 7 septembre 2009

Caral, encore...

Ruth Shady, l'archéologue en chef de Caral, affirme qu'à l'époque on y parlait un pré-proto-quechua... Elle tient vraiment à tout faire remonter à Caral ! Elle a déjà trouvé le port, bientôt elle va nous déterrer le marché de Caral...
En attendant, elle participe au Forum de la biodiversité péruvienne et du biocommerce, sur le thème "Caral : Biodiversité en usage depuis 5 000 ans", pour montrer que Caral avait déjà réussi à assurer son développement durable, ainsi qu'une gestion transversale du territoire et de ses ressources, il y a cinq millénaires...

Parlait-on quechua dans l'empire wari ?

Pour mieux comprendre jusqu'où peut aller l'imagination archéologique, voici les résumés de deux grands discours : ceux d'Isbell et de Cerrón-Palomino. Chacun à sa manière réfléchissait sur les origines du quechua et de l'aimara, au-delà des données habituelles sur les Incas. Je vous préviens d'avance : le niveau était assez haut, ce n'est pas facilement résumable et explicable... Pour les courageux spécialistes qui suivent encore, voici :



William Isbell est le grand spécialiste de Wari, et de tous les conférenciers archéologues, c'est celui qui avait fait, me semble-t-il, le plus grand travail interdisciplinaire. Suite à ses récentes fouilles et aux datations au carbone 14 obtenues, il propose une nouvelle chronologie pour Wari, associée à une réflexion sur la diffusion linguistique :


(1) 550 - 650 : Nasca - Huarpa. Nasca, sur la côte sud, et Huarpa, dans la sierra sud, s'associent dans une sorte de fédération bilingue qui devriendra Wari (les Nasca parlant un proto-aimara, et les Huarpa un proto-quechua).
(2) 650 - 725 : Chakipampa. Les Nasca perdent de l'importance au sein de la fédération (et l'aimara avec eux), tandis que Wari commence une période d'expansion et de colonisation vers le sud, avec administration directe des territoires occupés. Logiquement, le quechua se diffuse aussi vers le sud.
(3) 700 - 775 : Incursion. Suite à un "concile oecuménique" entre Wari et Tiwanaku, les deux empires adoptent un nouveau système religieux, dont la meilleure représentation est le Dios de los Báculos. Dans l'empire wari, la communauté linguistique quechua se maintient grâce aux mouvements réguliers de population : service militaire, travaux communs, rituels dans des centres religieux comme Pachacamac...
(4) 775 - 1000 : Post-Incursion Wari. Cette période est marquée par l'administration indirecte du territoire, l'intégration des populations reposant davantage sur les valeurs religieuses.
Cela permet d'expliquer pourquoi l'on a deux zones de quechua : un nord assez fragmenté (lieu de contrôle indirect et d'émergence de nouvelles entités politiques) et un sud plus unifié (homogénéisation linguïstique entre Wari et ses colonies).

Replacé dans son contexte, la démonstration est claire, sa causalité évidente. Mais ce qui est intéressant, c'est d'entendre le lendemain Rodolfo Cerron-Palomino, éminent linguïste de la Catolica, démontrer quasiment l'opposé !


Grâce à ses études sur l'onomastique andine, il démont(r)e bien des choses. Pour résumer la situation :
- Le Puquina vient du pourtour du lac Titicaca .
- L'Aimara est originaire de la côte centro-sud et des proches montagnes (Lima, Ica) ;
- Le Quechua vient de la région centro-sud (Chincha).
Pour Cerron-Palomino, l'aimara trouve ses origines dans la côte, entre Lima et Ica ; lors du processus de nazquisation d'Ayacucho (la première phase d'Isbell), c'est l'aimara qui devient la langue de Wari, et est diffusée lors de l'expansion vers la sierra sud. Il en veut pour preuve la diffusion simultanée de l'agriculture en terrasses, et de toponymes comme "huarochiri" (le constructeur de terrasses) nettement aimara.
L'expansion Wari entraîne l'expansion de l'aimara. En-dehors de cette période, on ne trouve pas de trace antérieure de l'aimara en Bolivie : c'est donc très probablement une autre langue, le Puquina, qui était parlée de la Bolivie jusqu'à Sicuani et au cañon de Colca avant d'être "aimarisée".
Vers 1000, à la chute de Tiahuanaco, des chefs parlant puquina migrent vers la région wari, où ils se retrouvent en minorité linguïstique et épousent des femmes aimara. Cette élite donne naissance aux premiers Incas, qui ont donc l'aimara comme langue maternelle. Ce n'est qu'à partir des expéditions de Pachacutec, vers 1440, que les Incas décident d'adopter et de diffuser le quechua, omniprésent dans les terres conquises, et d'en faire la seule langue de l'empire.

Voilà qui fait bien bouger les lignes... Les exposés du Symposium fourniront la matière du prochain Boletin de Arqueologia PUCP, qui fera largement le point sur la question.

mardi 1 septembre 2009

Simposio de Arqueología PUCP

La Católica organisait ce week-end son 7e Symposium international d'archéologie. A la suite du symposium de Cambridge qui traitait d'Archéologie et linguïstique dans les andes, en 2008, place à Langues et sociétés dans l'Ancien Pérou. De nombreux intervenants d'universités américaines, européennes et japonaises assez prestigieuses (Cambridge et Yale pour les plus connues), mais surtout la plupart des pontes de l'archéologie andine : Burger, Isbell, Makowski, Kaulicke, Lau, Stanish... les connaisseurs apprécieront !
L'idée générale était de parvenir à un meilleur dialogue entre l'archéologie et d'autres disciplines : linguïstique, ethnohistoire, génétique... pari réussi ! Et surtout, comme il s'agit d'une rencontre entre spécialistes de haut vol, on est au courant des dernières avancées scientifiques. Et cela évolue pas mal...

Actuellement, il existe deux grandes familles de langues préhispaniques dans les Andes : le Quechua et l'Aimara. Au XVIe, de nombreuses autres langues étaient parlées, principalement au nord du Pérou. En étudiant les convergences entre quechua et aimara, les relations entre l'expansion d'une culture et celle de sa langue, l'onomastique andine (toponymie, noms de curacas consignés dans les registres)..., on peut établir des hypothèses très intéressantes. Par exemple, on sait aujourd'hui que la langue maternelle des premiers Incas était l'aimara, et qu'ils n'ont parlé quechua qu'à partir de Pachacutec (vers 1440) ; inutile de vous dire que lorsque les linguïstes ont publié leurs travaux, ils ont été mal accueillis à Cusco... On ne brise pas impunément un symbole national.

Les hypothèses présentées lors du Symposium (qui fourniront la matière au prochain Boletín de Arqueología de la PUCP) étaient nombreuses et enrichissantes. Pour mieux comprendre jusqu'où peut aller l'imagination archéologique, je vous présenterai bientôt les résumés de deux grands discours : ceux d'Isbell et de Cerrón-Palomino. Du très haut niveau.