C'est le titre du film de la réalisatrice péruvienne Claudia Llosa (nièce de l'écrivain Mario Vargas Llosa) qui vient de remporter deux prix, celui de la Fédération internationale des critiques de ciné ainsi que l'Ours d'Or de la 59ème Berlinale. Pour un coup d'essai -c'est le premier film péruvien à y être présenté-, c'est un coup de maître !
La teta asustada, c'est une étrange maladie transmise par le sein à leurs enfants par les femmes violées ou torturées durant leur grossesse, lors des années de "Violence politique", quand la guérilla marxiste-léniniste-maoïste-pensée Gonzalo du Sentier Lumineux s'affrontait aux Forces armées, entre 1980 et 1992.
La teta asustada, c'est l'histoire d'une femme atteinte de ce mal, qui veut donner un enterrement digne à sa mère qui vient de mourir. Un film sur la douleur et la souffrance des femmes andines, "un film contre l'impunité", selon sa réalisatrice, mais tout en retenue. Je n'aime pas du tout le critique du Monde, qui écrit par exemple :
"Fausta, interprétée par la délicate et sublime Magaly Solier, c'est une sorte de Carla Bruni aux cheveux de jais et à la peau mordorée, qui chanterait en queicha [sic] (la langue des Indiens) et vivrait dans un quartier misérable, en faisant des ménages chez une riche bourgeoise de la ville, concertiste réputée qui lui vole ses chansons et son âme", ou plus loin, "autant dire qu'on navigue ici, à la fois médusés et éblouis, en pleine monstruosité latino-américaine", et enfin "Il faut impérativement retenir son nom, et inscrire désormais grâce à elle le Pérou sur la liste florissante de ce jeune cinéma d'Amérique latine qui se confronte, de film en film, à la question de l'aliénation"(?).
Je ne crois pas que ce soit l'Amérique Latine. C'est juste le Pérou.
Cette récompense change la donne du cinéma péruvien, qui, contrairement à l'Argentine ou au Brésil, est très peu développé... Si certains connaissent le désespérant "Chicha tu madre", présenté comme le film ayant fait le plus d'entrées au Pérou, ils mesurent le travail à faire. Le Président Alan Garcia a chaleureusement félicité la jeune réalisatrice et reconnu l'importance du cinéma pour la visibilité internationale du Pérou. Il y a des chances que cela soit suivi de réfomes du Conacine, le Conseil National de la Cinématographie, pour augmenter les aides publiques à la réalisation. La loi prévoit 7 millions de sols (un peu plus de 1,5 millions d'euros) d'aides publiques, mais le gouvernement n'en accorde que la moitié... situation qui devrait changer bientôt !
