Les crypto-marxistes (et d'autres!) auront reconnu la couverture des "Sept essais d'interprétation de la réalité péruvienne", l'oeuvre-phare de José Carlos Mariátegui, intellectuel péruvien du début du XXe siècle et fondateur du Parti Socialiste Péruvien (renommé "Communiste" juste après sa mort). Les archéologues, eux, sauront voir... l'iconographie Chiribaya !
Le lien n'est pas si étrange : la couverture des "Sept essais" a été réalisée par Julia Codesido (1892-1979), peintre proche du mouvement indigéniste à partir de 1925, et qui a même exposé au Petit Palais, à Paris, en 1953. Une partie de son oeuvre, sous l'influence du grand peintre Sabogal, est consacrée aux thèmes indigènes : paysans andins, recherche du monde rural, traditions artisanales... l'indigénisme était l'une des premières tentatives de création d'un art national. Il avait pour caisse de résonnance la revue Amauta, dirigée par Mariátegui. La couverture de cet ouvrage (l'un des plus marquant des ouvrages politiques péruviens) peut s'inscrire dans la dynamique indigéniste : il s'agit clairement de motifs iconographiques de la céramique Chiribaya, culture de la côte sud du Pérou à laquelle je consacrerai le prochain article.
Un peu dans le même esprit, Elena Izcue (1889-1970), que le Musée du Quai Branly exposait l'année dernière en complément des textiles Paracas, avait également réalisé de nombreuses aquarelles en s'appropriant l'iconographie préhispanique, dans les années 1920-1930. Le renouveau de l'art décoratif fit mieux connaître au monde occidental les découvertes archéologiques... Quelques infos sur elle ici (en espagnol) ou là (Musée du Quai Branly).

