samedi 11 juillet 2009

Les archipels du Pérou

L'anthropologie andine a développé, depuis les années 1970, un intéressant concept pour étudier l'économie inca : il s'agit du modèle d'archipel vertical. Tout commence avec John Murra, un anthropologue américain d'origine roumaine qui publie en 1972 un article sur "Le contrôle vertical d'un maximum d'étages écologiques dans les sociétés andines". L'idée générale est que les sociétés andines ont établi des colonies dans différentes zones écologiques assez distantes, afin d'accéder aux biens et produits agricoles qui y étaient cultivés. Ainsi, elles pouvaient diversifier leur consommation sans s'engager dans le commerce avec d'autres groupes, et obtenir des ressources complémentaires tout en préservant leur auto-suffisance économique. Le fonctionnement de cet archipel vertical n'implique pas la possession des terres intermédiaires, mais simplement le contrôle d'îles de ressources gérées par des colonies chargées d'approvisionner le centre. Ce modèle permet d'expliquer la réussite de sociétés vivant dans des environnements hostiles, mais aussi d'étudier le fonctionnement des échanges en l'absence de marché.

Le concept a été l'un des plus commenté, critiqué et corrigé durant ces dernières décennies. Preuve de son succès, il a même été adopté par d'autres disciplines (pour étudier les réseaux culturels de la littérature en langues indigènes, la diffusion de l'avant-guarde latino-américaine...). Ulises Zevallos-Aguilar utilise le concept d'archipel culturel andin pour étudier les migrations de Péruviens aux Etats-Unis : le modèle d'archipel permet d'identifier les îles où se concentre la culture andine (New York, New Jersey, Floride, Californie), ainsi que les flux de personnes, de ressources et de musique ; l'exil aux Etats-Unis, souvent définitif, est analysé comme une stratégie du groupe social pour faire parvenir à la ville d'origine de l'argent et des biens matériels.