L'Express YURIMAGUAS, Pérou - Une cinquantaine de personnes ont péri depuis vendredi dans des affrontements entre la police péruvienne et des tribus de l'Amazonie opposées à l'octroi de concessions à des compagnies minières étrangères dans la forêt équatoriale du nord du Pérou. Les protestataires disent avoir perdu 30 des leurs dans ces affrontements, tandis que le gouvernement fait état de 22 membres des forces de sécurité tués en deux journées de heurts. Face à ce bain de sang, des voix nombreuses se sont élevées pour réclamer la démission du Premier ministre, Yehude Simon. Ces violences, qui représentent la plus grave crise depuis l'arrivée au pouvoir du président Alan Garcia, soulignent les tensions entre les élites de Lima et le monde rural pauvre. Elles risquent de faire échouer les efforts du gouvernement pour ouvrir davantage le Pérou - en l'occurrence le secteur minier - aux investisseurs étrangers. Le président Garcia s'en est pris aux protestataires, les accusant d'avoir attaqué leur propre pays, d'avoir agi comme des terroristes, et il a laissé entendre qu'ils y avaient peut-être été incités par des étrangers. Garcia, qui passe pour un critique acerbe des régimes de gauche d'Amérique latine, n'a pas voulu en dire plus. L'armée a imposé des couvre-feux, mais les milliers d'Indiens révoltés, armés de lances de bois, ont juré de maintenir leurs barrages routiers dans l'Amazonie si le gouvernement ne renonce pas à vouloir briser leur mouvement. "Nous luttons parce que nous craignons que l'on nous dépossède de nos terres", a expliqué un manifestant de 38 ans à l'un des barrages routiers. Une dizaine de policiers enlevés par les manifestants ont été tués et une vingtaine d'autres ont été libérés lors de l'intervention de l'armée pour mettre fin à cette prise d'otages, a déclaré samedi à la station de radio RPP le chef de la police nationale Miguel Hidalgo. Plusieurs otages sont portés manquants. Des milliers d'Amérindiens s'emploient depuis avril à bloquer routes et voies d'eau pour obtenir l'abrogation d'une série de lois adoptées l'an dernier pour encourager des compagnies étrangères à investir en Amazonie. Imputant les violences aux manifestants, le président Garcia a estimé que le moment était venu de mettre fin aux blocages des routes, des rivières et des installations énergétiques. Simon, ancien militant de gauche auquel Alan Garcia a fait appel voici un an pour tenter d'éviter des troubles sociaux dans le pays, n'a de son côté pas réussi à négocier l'arrêt des blocus en cours.
lundi 8 juin 2009
Violences en Amazonie
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