El País a publié, en mai dernier, un reportage sur une expédition de la Fondation Nationale de l'Indien (FUNAI), dans la jungle amazone brésilienne, à la frontière avec le Pérou. Quelques photos prises depuis un Cesna ont suffit pour faire le tour du monde : on aurait découvert une "tribu perdue"
totalement isolée de la civilisation, des indigènes quasi-nus au corps peint de rouge ou de noir, menaçant l'avion de leurs flèches et lances.Les membres de l'expédition en ont profité pour avertir du danger qu'encourent les indiens du fait de la déforestation de l'Amazone, en particulier au Pérou, ce qui a poussé plusieurs groupes à migrer vers le Brésil. Le photographe, José Carlos Meirelles, a déclaré que "ce qui se passe dans la région est un crime contre la nature, contre les tribus et contre la faune.
Cela constitue, de plus, un témoignage supplémentaire de l'irrationalité complète avec laquelle nous, les civilisés, nous traitons notre monde". Selon Survival International (ONG de défense des peuples indigènes), la moitié de la centaine de tribus perdues du monde se trouvent entre le Brésil et le Pérou, et sont menacés de maladies, d'expulsions et de perte de leur habitat naturel.Les photos laissent songeur.
Oui mais.
La tribu en question est en fait connue depuis 1910, et surveillée par le Brésil depuis plus de 20 ans, ce qui permet d'oublier la "découverte de la tribu perdue", qui se trouve d'ailleurs dans une réserve créée par le gouvernement brésilien pour préserver leur isolement (politique vis-à-vis des tribus indigènes depuis les années 1980). La publication des photos visait principalement à peser sur les gouvernements (en particulier le Pérou qui souhaite développer l'exploitation de la jungle pour se développer) et l'opinion publique (pour sensibiliser sur la nécessité de préserver les tribus isolées de l'Amazonie) ; les médias, européens en particulier, ont bien mordu à l'hameçon, du moins dans la propagation des images et la reprise des communiqués de l'ONG.
Mais après le canular des Tasaday (une authentique tribu de l'âge de pierre découverte aux Philippines en 1971...), on commence à être plus méfiant. L'ONG qui a manœuvré l'opération est restée ambigüe, confirmant il y a quelques jours qu'il ne s'agissait pas d'une découverte (ce qu'elle avait laissé dire par la presse...), mais simplement de la preuve que les tribus isolées existent (ce qui n'est pas de l'avis de tout le monde). La méthode est critiquable : survoler une tribu isolée pour la prendre en photo et réussir ce qui demeure un coup médiatique, est une forme de contact, celui-là même dont on prétend épargner la tribu.
Restent les photos, la réflexion sur ces bons sauvages (cf. cet article du Monde) et le besoin de croire qu'il existe d'autres formes de vie, de trouver dans la simplicité du primitivisme un remède à la déraison et à l'absence de sens de notre Modernité...





