dimanche 29 juin 2008

La tribu perdue de l'Amazone

El País a publié, en mai dernier, un reportage sur une expédition de la Fondation Nationale de l'Indien (FUNAI), dans la jungle amazone brésilienne, à la frontière avec le Pérou. Quelques photos prises depuis un Cesna ont suffit pour faire le tour du monde : on aurait découvert une "tribu perdue" totalement isolée de la civilisation, des indigènes quasi-nus au corps peint de rouge ou de noir, menaçant l'avion de leurs flèches et lances.
Les membres de l'expédition en ont profité pour avertir du danger qu'encourent les indiens du fait de la déforestation de l'Amazone, en particulier au Pérou, ce qui a poussé plusieurs groupes à migrer vers le Brésil. Le photographe, José Carlos Meirelles, a déclaré que "ce qui se passe dans la région est un crime contre la nature, contre les tribus et contre la faune. Cela constitue, de plus, un témoignage supplémentaire de l'irrationalité complète avec laquelle nous, les civilisés, nous traitons notre monde". Selon Survival International (ONG de défense des peuples indigènes), la moitié de la centaine de tribus perdues du monde se trouvent entre le Brésil et le Pérou, et sont menacés de maladies, d'expulsions et de perte de leur habitat naturel.

Les photos laissent songeur.
Oui mais.
La tribu en question est en fait connue depuis 1910, et surveillée par le Brésil depuis plus de 20 ans, ce qui permet d'oublier la "découverte de la tribu perdue", qui se trouve d'ailleurs dans une réserve créée par le gouvernement brésilien pour préserver leur isolement (politique vis-à-vis des tribus indigènes depuis les années 1980). La publication des photos visait principalement à peser sur les gouvernements (en particulier le Pérou qui souhaite développer l'exploitation de la jungle pour se développer) et l'opinion publique (pour sensibiliser sur la nécessité de préserver les tribus isolées de l'Amazonie) ; les médias, européens en particulier, ont bien mordu à l'hameçon, du moins dans la propagation des images et la reprise des communiqués de l'ONG.

Mais après le canular des Tasaday (une authentique tribu de l'âge de pierre découverte aux Philippines en 1971...), on commence à être plus méfiant. L'ONG qui a manœuvré l'opération est restée ambigüe, confirmant il y a quelques jours qu'il ne s'agissait pas d'une découverte (ce qu'elle avait laissé dire par la presse...), mais simplement de la preuve que les tribus isolées existent (ce qui n'est pas de l'avis de tout le monde). La méthode est critiquable : survoler une tribu isolée pour la prendre en photo et réussir ce qui demeure un coup médiatique, est une forme de contact, celui-là même dont on prétend épargner la tribu.

Restent les photos, la réflexion sur ces bons sauvages (cf. cet article du Monde) et le besoin de croire qu'il existe d'autres formes de vie, de trouver dans la simplicité du primitivisme un remède à la déraison et à l'absence de sens de notre Modernité...

mardi 17 juin 2008

Le cimetière de Cajamarca

Pour cette fin de semaine, et la fête des pères, nous sommes retournés à Cajamarca avec mi mamita Adela. Le ministère des transports a eu la bonne idée, pour réduire les accidents, de faire respecter les limitations de vitesse, ce qui met Cajamarca à 16 heures de Lima au lieu de 13 ou 14. Grrr.
Si la Fête des Pères est une occasion de retrouvailles familiales, elle l'est aussi, et c'est plus surprenant, de visites au cimetière. Le Cimetière Général de Cajamarca est divisé en deux grandes parties : d'un côté, les tombes et mausolées familiaux de pierre et béton ; de l'autre, un simple champ jonché de croix de bois, de fer, de béton... C'est de cette partie que je vais vous parler. A propos, il y a deux mots pour "cimetière" en espagnol : cementerio et campo santo, "champ sacré".
Les familles viennent se recueillir, prier, chanter, rire, manger, entretenir et fleurir les tombes, allumer des petites bougies au pied des croix... Lorsque les défunts sont enterrés dans les niches, on vient ouvrir et laver la vitre, laisser une lettre ou quelques fleurs. Des messages rappellent que le défunt n'est pas mort ; il ne le sera que lorsque l'on cessera de penser à lui.
La journée n'est pas nécessairement triste : on se salue, on souhaite une bonne fête aux pères, on téléphone, on rit en famille...

Une curiosité locale : ce mausolée, au fond, le seul grand tombeau de la partie populaire du cimetière, est la dernière demeure d'Ubilberto Vásquez Bautista (1940-1970). Cet homme a été fusillé pour le viol et le meurtre d'une bergère de 11 ans. Cependant, il n'y a eu aucun témoin ; certains disent qu'il s'est accusé du crime commis par son frère. La dévotion populaire lui attribue quelques miracles, et une sorte de culte s'est établi autour de son tombeau. Un film a même été tourné sur l'histoire de l'assassin transformé en saint.

jeudi 5 juin 2008

Huancayo - Huarivilca

Le site de Huarivilca, à quelques kilomètres de Huancayo, abrite une source sacrée d'où, selon la légende, est sorti le premier couple, fondateur de la nation huanca. Un culte s'est développé autour de la source. Lors de l'empire huari, dont les Huancas faisaient partie, une double enceinte a été construite autour de la source.
Deux arbres impressionnants (des Schinus molle ou faux poivriers) se trouvent à l'intérieur de l'enceinte, leur présence étant attestée depuis 450 ans :

"Autrefois, à côté de la source, ils édifièrent un temple, qu'ils appelèrent Guaribilca ; je l'ai vu ; et à côté de lui il y avait trois ou quatres arbres appelés molles, comme de grands noyers. Ils les tenaient pour sacrés, et près d'eux il y avait un endroit fait pour les seigneurs qui venaient réaliser des sacrifices, d'où l'on descendait par un chemin pavé jusqu'à arriver à l'enceinte où était le tracé du temple..." écrivait le chroniqueur espagnol Pedro Cieza de León, en 1550.

En effet, des sacrifices humains étaient réalisés. On a ainsi retrouvé le corps de la "Dame de Wari Willca" sur le site. C'était une femme d'une vingtaine d'années, sacrificiée vers 600-700 (tuée de deux coups à la tête) et enterrée sur le lieu même du sacrifice. Pour les cultures andines, il s'agissait du seul moyen de rétablir l'équilibre entre la nature et l'homme : l'écoulement du sang permettait la re-circulation de l'énergie et du temps...

En contrebas du site, la source poursuit son chemin. L'eau y étant claire, pure et digestive, les gens y remplissent leurs bouteilles. La croyance populaire dit que si deux amoureux y boivent mais que l'un est infidèle, il mourra dans l'année...

Huancayo

Capitale de la région Junín, Huancayo est, avec un demi-million d'habitants, l'une des plus grandes villes de la Sierra péruvienne. Elle est située à 3200 mètres d'altitude et 310 km de Lima, soit 7h de bus ou 12 heures de train... eh oui, on n'avance pas vite à travers les Andes. D'autant que l'on passe obligatoirement par El Ticlio, un col situé à 4800 mètres d'altitude (où il fait très, très froid la nuit).
L'identité et la fierté régionales de Huancayo sont parmi les plus exacerbées du Pérou. Les huancainos disent descendre des Huancas (ou Wankas), indomptable peuple qui a résisté aux Incas, même après que l'Inca Pachacutec soumette la vallée de Huancayo en 1460. Ils le disent moins, mais les Huancas se sont alliés aux Espagnols, qu'ils ont accueillis en libérateurs, et ont lutté avec eux pour mettre fin à la domination inca. Le Roi d'Espagne Philippe II a concédé en 1562 un certain nombre de privilèges au peuple huanca, ainsi que le blason de la ville.

La ville a été fondée le 1er juin 1572 sous le nom de "Très Sainte Trinité de Huancayo" (et a donc fêté la semaine dernière ses 436 ans). Le courage de ses habitants durant la guerre d'indépendance du Pérou contre l'Espagne lui a valu, en 1822, le titre de ciudad incontrastable, "ville indomptable", dont ils se vantent encore aujourd'hui. Huancayo a même été un temps siège du gouvernement de Ramón Castilla, en 1854. C'est là qu'a été signée l'abolition de l'esclavage. Les huancainos aiment beaucoup leur ville, affectueusement surnommée "Huancaito" ou "Huancayork", voire "Huancachington".
Le "Parc de l'Identité" présente quelques éléments représentatifs de l'identité huanca : personnages célèbres, instruments de musique... C'est également là que tous les nouveaux mariés viennent prendre leurs photos de mariage, au son de valses et marches cérémonielles diffusées en boucle dans les hauts-parleurs du parc.