mercredi 30 avril 2008

El día de la secretaría

C'était samedi dernier El día de la secretaría, véritable institution péruvienne. Les patrons, ou ne serait-ce que les employés qui recourrent aux services des secrétaires, leur offrent en ce jour des fleurs, des chocolats, des bijoux ; les entreprisent organisent des pots ; les hôtels comptent plus de réservations que pour la Saint Valentin (si si). Une chanson mexicaine des années 1980 sur le drame des secrétaires se mourant pour leur patron : Pobre Secretaria, de Daniela Romo.

samedi 26 avril 2008

L'UE, le MRTA et le terrorisme

Scandale politique cette semaine : lors du vote d'une résolution, le Parlement Européen a refusé d'inclure le MRTA à la liste europénne des groupes Terroristes, créée au lendemain du 11 septembre.
Qu'est-ce que le MRTA? Le Mouvement Révolutionnaire Túpac Amaru a été, avec le Parti Communiste du Pérou - Sentier Lumineux, le principal mouvement révolutionnaire péruvien, des années 1980 à nos jours. Túpac Amaru était le dernier Inca, écartelé en 1572 puis dispersé aux quatre coins du Pérou. Un leader révolutionnaire avait pris en 1780 le nom de Túpac Amaru II et dirigé une révolte indigène contre les Espagnols, avant de mourir lui aussi écartelé et décapité.

Le MRTA, fondé en 1984, est un mouvement marxiste-léniniste, aux actions un peu plus "ciblées" que celles du PCP-SL, mais tout aussi "justifiables" : assassinats, exécutions, prises d'otages et voitures piégées. Pour le bien des peuples et la lutte des classes, j'imagine. On leur doit un millier de victimes ; ils posaient encore des bombes dans l'aéroport de Lima en 1991 et surtout, en décembre 1996, ils prirent en otages 600 membres du gratin péruvien, réunis dans la résidence de l'ambassadeur du Japon pour l'anniversaire de l'Empereur, en gardant 72 otages jusqu'en avril 1997. Fujimori avait alors fait donner l'assaut, tuer les révolutionnaires et libérer les otages (les 14 émerretistes, 2 commandos et 1 otage périrent).

Le MRTA, à l'égal du Sentier Lumineux, existe toujours (il bouge encore, disons), disputant le contrôle de la jungle à l'armée péruvienne et se finançant par l'extorsion et la protection des narco-trafiquants. Les principaux dirigeants sont morts ou incarcérés, mais il reste quelques militants, en liberté ou relâchés, et dont la réinsertion est complexe. Des activistes "en exil" se chargent toujours d'activer quelques pages internet qui ne durent qu'un temps et de diffuser les communiqués du mouvement.
On lisait l'année dernière sur leur site officiel, aux 10 ans de la prise d'otage :
"Nous, militants tupacamaristes, rendons hommage aux 14 héroïques guérilleros, qui le 22 avril 1997, avec honneur, courage et altruisme humaniste déployèrent leurs idéaux de justice et de liberté, les immenses ailes de nos condors les élevèrent jusqu'à l'autel de la patrie, parmi les Héros et les Martyrs, que notre peuple a offert dans sa longue et tenace lutte pour la libération de toutes les formes d'oppression et d'exploitation, hier coloniales et néocoloniales, aujourd'hui impérialistes et néolibérales" [Aaargh].

Pourtant, nos braves révolutionnaires n'ayant exécuté personne depuis huit ans, il devient sans doute discriminatoire de les considérer terroristes ; suite au lobbying de l'APRODEH, une association de défense des Droits de l'homme (actifs en particulier pour défendre les terroristes exécutés lors de l'assaut, alors que certains d'entre eux se rendaient), nos droitsdelhommistes ont trouvé au Parlement un écho compréhensif auprès du Parti Socialiste Européen (sauf les Espagnols qui savent ce que représente la luttearméepourlebiendupeuple), des Verts et de la Gauche Unitaire Européenne (Communiste) pour ne pas inclure le MRTA dans la liste européenne des groupes terroristes, sur laquelle figure le Sentier Lumineux.
Je considère personnellement que c'est du n'importe quoi droitdelhommiste, de la bien-pensance boboïsante et de la méconnaissance crasse du sujet. Comme le faisait remarquer le Premier Ministre péruvien, on peut très bien dire que le Groupe Colina (les forces antisubversives de Fujimori) n'est pas actif, il n'en reste pas moins qu'on est précisément en train de juger Fujimori pour sa responsabilité dans leur commandement. N'oublions pas l'imprescriptibilité des crimes...
Et pendant ce temps-là, les mêmes eurodéputés viennent nous exhiber des posters d'Ingrid B. Quel courage.

Colegio de Ingenieros

Comme tous les derniers vendredis du moi, c'était hier soir la traditionnelle soirée pique-assiettes au Colegio de Ingenieros de Lima. Le buffet est toujours aussi bon, ils ont même innové avec des petites bouchées d'aji de galina, riquísimos.

J'y ai retrouvé par le plus grand des hasard l'ami d'une amie que j'avais rencontré il y a quelques mois, alors qu'il travaillait sur le chantier de la Plaza San Miguel (le grand centre commercial situé entre la Marina et la Universitaria, dans mon cher district de San Miguel). C'était hier soir sa cérémonie de colegiación, il profitait donc des cocktails (Pisco Sour, Pisco con algarobina). Je suis pour ma part resté sobre, quatre verres pas plus.
Autre nouvelle, Adela (4e sur la photo) est sur la liste de l'ingénieur Muñoz (au centre), qui postule pour les élections du Colegio Departamental de Lima. S'il l'emporte, il deviendra Doyen du Collège, le dirigera et assistera à toutes les cérémonies, tandis que ma mamita peruana sera déléguée de l'assemblée. Bref, première implication : une éventuelle victoire fin mai nous assurerait une belle fête.

Le transport public à Lima

L'enfer des usagers, le marronier de la presse liménienne et la quotidienneté de la peruanidad, c'est le transport public. Un reflet du sous-développement liménien vaguement dirigé par une certaine Gerencia del Transporte Urbano, et qui, selon une récente étude fait perdre annuellement 500 millions de dollars en heures/personne à Lima. La même étude nous apprend qu'en moyenne, les usagers des bus passent quatre ans et demi de leur vie dans le transport public, en prenant en paramètres une espérance de vie de 71 ans, une moyenne de 2,1 voyages quotidiens et de 45 minutes par transport. Cela peut vous sembler élevé, mais... point du tout, c'est rigoureusement le temps moyen de voyage en bus. Nombreux sont ceux à mettre plus de temps pour se rendre à l'université, et pour ma part j'ai déjà mis plusieurs fois une heure et demie à deux heures pour aller à un autre bout de Lima (Vitarte ou Chosica par exemple), sans jamais quitter la mégapole. La vitesse moyenne des combis était de 17 km/h en 2004, mais diminue continuellement.

En prévision des prochains Sommets qui se tiendront à Lima (le 16-17 mai, le sommet UE-Amérique Latine et Caraïbes, pour lequel Sarkozy vient de se désister pour agenda surchargé, et en octobre, l'APEC Asie-Pacifique), la municipalité rénove bon nombre des grandes avenues, ce qui contribue momentanément à augmenter les embouteillages. Il est vrai qu'il était temps de boucher les trous. Je suis fan des montages photos présidentiels ; admirez l'antes/despues. N'est-ce pas que ce sera plus beau demain ? El Perú avanza, ¡carajo!

Quelques chiffres supplémentaires : la ligne de bus la plus longue, qui relie Pachacamac à Carabayllo, fait cent trente-deux kilomètres. Il y a actuellement 220 000 taxis qui circulent à Lima (alors que seuls 100 000 seraient suffisants), et 26 000 unités de transport public. Le rapport indique qu'il n'en faudrait que 9400, mais je suis plus que dubitatif ; ils sont pleins durant la journée, et blindés aux heures de pointe, à tel point que le cobrador a souvent du mal à tenir sur le marchepied... Mais même lorsqu'ils sont pleins, on continue à inciter par des "hay asiento", "Pasa al fondo, el fondo está vacío", "Colabora pe, avanza patrás, al fondo hay espacio, ¡avanza patrás!"

mardi 22 avril 2008

Mes voyages au Pérou

Vous aurez remarqué que depuis que je suis là, j'en ai profité pour voyager. Pour vous aider à mieux visualiser, voici une petite carte : en bleu, les endroits par où je suis passé ; en marron, ceux que je vais voir dans les prochains mois. Après les partiels, le professeur Kaulicke organisera une sortie à Caral ("La ville la plus ancienne des Amériques", avec 5000 années, mais qui serait plus un centre cérémoniel qu'une ville..) ; à la mi-mai, nous partons en voyage d'archéologie à Ica, Nazca et Ayacucho ; fin mai, je suis invité à un mariage à Huancayo (ca va être splendide). En juillet-août, je compte bien aller à Cuzco (je le garde pour la fin...) et Kuélap. D'ici là, je pense avoir le temps de me promener vers Huánuco ou Tingo Maria (la Selva...), par exemple.
C'est beau d'être jeune.

L'histoire européenne vue du Pérou

L'archéologie n'étant pas pleinement du goût de SciencesPo., j'ai dû prendre à chaque semestre deux cours d'histoire. Les cours d'Histoire médiévale, au semestre dernier, et Histoire Universelle Moderne ce semestre concernent notre vieux continent. Et c'est amusant de le découvrir d'un oeil péruvien.


Le prof (génial) d'histoire médiévale avait étudié à Paris dans sa jeunesse ; ses cours étaient truffés d'anecdotes, de détails, de souvenirs de voyages, et surtout d'allusions au Lima de son enfance, meilleur moyen pour que ses étudiants puissent comprendre l'état d'esprit de l'époque. Il nous évoquait par exemple la destruction des balcons coloniaux du centre de Lima pour que l'on puisse s'imaginer l'étroitesse des rues d'Europe médiévales (Mario Vargas Llosa a écrit une pièce de théâtre sur El Loco de los balcones, qui se battait pour les sauvegarder), les bruits de la rue parisienne au XIIIe siècle, ou encore le steak tartare qu'on lui avait servi dans un restaurant parisien. Tout plein d'évocations qui rendaient le cours très vivant.


Le prof actuel d'Histoire Universel Moderne (du XV au XVIIe, disons) est plus particulier. Plus jeune, on raconte que le gustan los chicos, il est conseiller historique d'une émission télévisée centrée sur l'histoire. Comme ces émissions sont regardées dans les collèges ruraux, il est un fervent partisan de leur piratage, afin d'aider la diffusion culturelle. Ses cours, cela se sent, sont très marqués par l'histoire espagnole, ce qui est logique en Amérique Latine. On apprend donc que l'accession au trône d'Henri IV est une défaite politique espagnole (et de la Sainte Ligue), le mercantilisme n'est pas notre modèle colbertiste mais correspond aux rapports de la métropole hispanique au nouveau monde, la révolution francaise a duré 10 ans en France (1789-1799) puis 15 ans en Europe par les guerres napoléoniennes (étrange conception, alors qu'elle s'arrêterait plutôt avec l'acceptation de ses principes par le régicide Louis-Philippe, ou dans la version de Furet, par sa "rentrée au port" sous la IIIe République), et comble du comble, Versailles est le meilleur représentant du barroque classique. Hum... Pour mieux comprendre l'apparente antinomie, il faut saisir que ce prof voit tout le XVIIe comme le "siècle barroque" et que c'est de la faute de la France si nous en avons une réception classique. N'empêche que c'est fort curieux de parler du barroque classique, non?

dimanche 20 avril 2008

Chontabamba

Sur la route d'El Warapo et pas loin d'Oxapampa, on trouve le village de Chontabamba. Redécouverte émouvante des Dimanche ruraux :
tous ceux qui ne sont pas en train de goûter aux boissons locales sont sur les terrains de sport. Des filles jouent au volley, l'équipe locale de football salit ses maillots roses fluo et les familles viennent appuyer les joueurs. Dans son coin, la petite église se repose tranquilement.

samedi 19 avril 2008

Oxapampa

Fondée en 1891 par d'autres colons allemands, Oxapampa s'est développée bien plus vite grâce à une meilleure accessibilité (ce qui a une signifiance très forte au fond des Andes).

Là encore, beaucoup de belles maisons de bois, quelques noms de familles aux sonorités germaniques, mais les Allemands se font rares...


Je vous disais que les colons se sont adaptés aux nouvelles conditions. Bon, ils n'ont pas été jusqu'à introduire une brasserie péruvienne dans les Andes, mais !
Le week-end, un des lieux de sortie les plus prisés est "El Warapo", fondé en 1890. On y produit... du Warapo, pardi ! Une boisson à base de canne à sucre, légèrement fermentée, et très bonne. Plus fort, l'arguardiente (une sorte d'eau-de-vie) est également produit à partir de caña de azúcar, que cette machine actionnée par la force hydraulique sert à broyer. Le jus obtenu est ensuite traité, bouilli, clarifié, etc. Saviez-vous que la canne à sucre est la plante la plus cultivée au monde, avec 23% de la production agricole ?!
J'ai rencontré au Warapo une famille qui a absolument tenu à m'inviter à goûter la boisson locale, au son de la cumbia. Il manque sur la photo la jeune fille qui la prend, et l'avocat-procureur complètement bourré qu'on a fini par évacuer :)

vendredi 18 avril 2008

J'avais envie de vous le dire : il y a un lapin dans la lune

J'ai parfois envie de jeter en vrac plein d'idées, ce qui me permet de les partager et de pouvoir les oublier plus paisiblement. Voici donc.

Dans la cosmologie d'amérique centrale, il y a un lapin dans la lune. L'association d'idée est logique : le cicle de gestation des lapins est de 28 jours, soit un mois lunaire, ce qui lie considérablement le lapin, la lune et le féminin.

Au pied des gisants de nos rois, à Saint-Denys-en-France, se trouve des lionceaux. Parce que le lion (du moins dans l'imaginaire médiéval) ouvre les yeux trois jours après sa naissance, évidente allusion à la résurrection.

J'aurais aimé avoir en philosophie au bac : "Que perdrait le langage en perdant l'écriture?", question profonde qui me fait toujours réfléchir, mais j'ai dû me contenter de "Le juste et l'injuste ne sont-ils que des conventions?". J'ai appris deux ans plus tard que cela venait d'un dialogue platonicien.

Il me semble que Saint Paul avait une vision très platonicienne des enfers, d'ailleurs. Cf. le Ménon.

En Chine et en Amérique centrale, les écritures n'étaient pas phonétiques mais idéologiques et iconographiques, mais le mandarin a été partiellement phonétisé au XVII.

J'ai déjà mangé des pieds de porc et du fromage au miel, au Pérou. Pas top.

La virole a été introduite au Mexique par un esclave noir de Cortés.
Le grand historien péruvien José Agustin De la Puente Candamo en est actuellement à sa soixante-et-unième année d'enseignement à la Católica. J'avais son fils en Histoire du Pérou l'année dernière.

Les Ottomans ont pris Constantinople en 1453, et selon Gavin Menzies, les Chinois auraient découvert l'Amérique en 1421 ; mais à leur retour, la nouvelle dinastie nationaliste aurait ordonné la destruction de l'expédition.

Je crois que je vais ajouter Christian Duverger à Jean-Francois Deniau dans mon pantanthrope personnel : Sciences Po, Prof de Droit international, Anthropologie, thèse sur les Aztèques, Linguistique (parle le nahuatl et le maya), Archéologie, Diplomatie, EHESS. Et il sait lire les Codex d'amérique centrale. Je sors d'une conférence de cinq heures sur los Dioses mesoaméricanos.

José Antonio Chang a étudié à la Católica, d'où il a été viré après avoir raté ses examens 2 années de suite. Il est ensuite entré à la Villareal, université liménienne surnommée L'arche de Noé (parce qu'y sont tous les animaux), repère de l'APRA. Il en est ressorti rapidement diplomé et est actuellement Ministre de l'éducation.

Alan García, le président péruvien, a une maison de 900 mètres carrés à Lima, deux maisons de plage, et un appartement dans le XVIe arrondissement de Paris (118 rue de la Faisanderie), acheté grâce à un "prêt d'amis" en 1997. Il s'est exilé dix ans en Colombie pui en France, le temps de la prescription des crapouilleries de son désastreux premier mandat (1985-90), et était au Stade de France pour la coupe du monde 1998.

Il y a des gens à SciencesPo. qui vous soutiennent que le communisme soviétique était de droite.

L'art moderne c'est beaucoup de m...

On vend en librairie "le Christ Philosophe". Dans les années 1970, on voyait le Christ hippie, dans les années 1950 le Christ ouvrier communiste, etc. Chaque génération a besoin d'écrire sa propre narration.

En archéologie andine aussi, il y a des néo-marxistes et des néo-trotskistes (et qui se trompent).

Salâmbo commence par "C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar." Je l'avais emprunté au CDI en 3e mais n'ai jamais dépassé la première page. Je n'arrive pas à oublier Le K de Dino Buzzati (lu en 5e). Mais si j'avais beaucoup de temps, j'aurais bien envie de lire "Ulysse" et "L'homme sans qualités".

J'ai eu cette semaine un professeur italien venu nous parler de la rivoluzione urbana nella Mesopotamia, et j'ai compris son italien.

L'industrialisation a tué les facteurs de la culture populaire.

mercredi 16 avril 2008

Pozuzo

Je me remets au diaporama pour vous présenter plus en détails Pozuzo, die einzige österreichisch-deutsche Kolonie der Welt, car il y a beaucoup à en dire. Bien que le village, oublié près d'un siècle, aie aujourd'hui perdu beaucoup de sa germanitude, il garde de beaux restes.
Par exemple, le petit déjeuner de l'hôtel El Mango, tenu par Juan Kohel Gstir et sa femme Johanna, n'oublie pas les saucisses matinales.Dans un restaurant typique (comprendre : typiquement tirolien), j'ai hésité sur la Karbonade, avant de commander un Wiener Schnitzel.

Beaucoup de gens d'Oxapampa et Pozuzo vont se former à Lima, à l'Universidad Nacional Agraria La Molina (à côté de laquelle travaille Adela) en cuisine : saucisses, viandes fumées, charcuterie...
Autre "héritage allemand"? Le tri sélectif existe (alors qu'il est de coutume au Pérou de tout jeter par terre) ! Au vu des arbres généalogiques, il semblerait que la jeunesse de Pozuzo soit de la sixième génération.
Les activités principales sont l'élevage et la menuiserie. Je voulais prendre une photo de vache, parce que mon papa aime bien les vaches, mais... Erreur sur la marchandise ! Il y a bien des vaches, mais... ils ont aussi importé des zébus, mais oui ! Les portugais les avaient introduits au Brésil, ils n'ont donc pas été les chercher si loin.
Pour se déplacer, la moto est reine. On en croise partout !
Et en partant du pont suspendu "Emperador Guillermo I", on trouve une jolie promenade qui permet de bénéficier d'une vue panoramique sur Pozuzo.

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mardi 15 avril 2008

La colonie austro-allemande de Pozuzo

Au milieu du XIXe siècle, toute la jungle péruvienne restait quasi-inexplorée, le gouvernement n'y exerçait aucun contrôle et manquait de main-d'oeuvre pour exploiter ces territoires. Au contraire, en Allemagne et dans le Tirol, il y avait une population nombreuse et pauvre. C'est là qu'intervient le Baron Cosme Damián Freiherr Schutz von Holzhausen, établi au Pérou, et qui lance le projet de coloniser la jungle péruvienne.
Il signe un contrat avec le gouvernement du Général Castilla, par lequel il s'engage à introduire en six ans 10 000 colons, agriculteurs et artisans, catholiques et travailleurs, afin de peupler ces vastes territoires. En échange, le gouvernement offre le transport, prend en charge le tracé de la route de Cerro de Pasco (la capitale de la région) jusqu'à Pozuzo, répartit des terres et de l'argent aux colons.
Le Baron recrute donc sous l'autorité du père Jose Egg un premier groupe de 200 Tirolais, rejoints par 100 Prussiens, qui embarque à Anvers, et arrive au Callao en juillet 1857. Ils remontent ensuite la côte en bateau à vapeur, avant de pouvoir s'engager vers les terres promises.

Bien évidemment, le gouvernement a été renversé depuis, le chemin n'a pas été construit, et ils découvriront plus tard qu'ils ne peuvent pas garder leur nationalité, contrairement à ce qui était prévu. L'ambitieux projet échoue, mais eux qui sont partis ne se découragent pas. Pendant deux ans, ils avancent, et doivent tracer eux-même le chemin dans la Selva, dans des conditions difficiles. Le Baron doit rentrer en Allemagne en cours de route, pour s'expliquer devant la justice du non-respect du contrat. Si des bébés naissent en chemin, un certain nombre de colons abandonnent l'aventure, ne se sentant plus lié à un gouvernement qui n'a pas tenu ses promesses.
Enfin, le 25 juillet 1859, jour de la Saint Jacob, patron des pélerins, 170 colons arrivent sur les terres de la verte espérance, et fondent le village de Pozuzo. Pozuzo ist ein schönes Tirol isch lei oans* ! Un second groupe les rejoint en 1868. En 1891, environ 150 colons autro-allemands fondent Oxapampa, à 80 km. Jusqu'à la seconde guerre mondiale, ces colonies restent isolées, oubliées, à quatre jours de marche de la ville la plus proche (Huánuco). Les coutumes, danses, chants, vêtements, langue tirolaises se perpétuent, tout en s'adaptant aux conditions locales. Les matelas sont rembourrés en feuilles de maïs, les lampes fonctionnent à la graisse de porc, la lessive est possible en faisant bouillir les cendres...
Après la seconde guerre mondiale (le Pérou déclarant la guerre à l'Allemagne) les colons sont assez mal vus ; l'usage de l'allemand est bientôt interdit. La route ne sera tracée qu'en 1976, ce qui explique qu'Oxapampa, fondée plus tardivement mais plus proche de la civilization, se soit développée bien plus vite. Il faut aujourd'hui 10 à 12 heures pour aller de Lima à Oxapampa, et 4 heures de plus pour relier Pozuzo (cf vidéo de l'article précédent).
Depuis une vingtaine d'années, ce sont les Péruviens qui "colonisent les colonies" ; sur les 8000 habitants, seul un tiers sont descendants d'austro-allemands. Mais il reste de vrais blonds à Pozuzo. Les familles ont souvent un arbre généalogique dans leur maison ; on peut y voir que la famille nombreuse+++++ a prévalu (7, 8, 10, 12 enfants...).
* Pozuzo isch lei Oans = Pozuzo ist nur Eins!

lundi 14 avril 2008

En route pour Pozuzo

Première étape de cette fin de semaine, Pozuzo, dans la Selva Alta. En haute jungle, si vous préférez, c'est plus expressif en francais. De fait, c'est encore les montagnes, mais déjà un peu la jungle, ce qui rend le voyage doublement intéressant. A part les fougères et les bananiers, je n'ai pas été capable de nommer une seule plante.

Pozuzo n'est situé qu'à 800 mètres d'altitude. Oui mais ! Ceux qui visualisent plus ou moins le Pérou comprendront vite que pour aller de Lima, sur la Côte, à la Selva centrale, province d'Oxapampa, département de Pasco, il faut obligatoirement... traverser la cordillère des Andes, en passant par un col à près de 5000 mètres.
N'ayant plus de pastilles contre le Soroche, recours aux méthodes traditionnelles : quelques bonnes feuilles de coca, qui ont évité tout ennui et... tout sommeil. J'ai trouvé comment résister aux nuits blanches de Droit, héhé.
D'Oxapampa où arrivent les bus, il faut quatre heures de combi sur une piste défoncée pour arriver à Pozuzo même. J'avoue avoir eu presque peur par moments, mais bon, on fait confiance au chauffeur et on espère ne pas tomber dans le fleuve 100 mètres plus bas. Et ca passe. Le paysage justifie à lui seul le déplacement.

El día del arqueólogo

Vendredi dernier, c'était el día del arqueólogo, comme il existe aussi el día del abogado, el día de la madre et el día de los trabajadores. On s'est donc souhaité une bonne fête toute la journée, c'était sympa.
En Archéologie Péruvienne 3, le prof nous a emmenés au Musée Larco, pas loin du tout de la Católica. C'est l'un des rares musées à exposer son dépôt, soit toute la collection de céramiques amassée par Larco Hoyle, un grand nom de l'archéologie péruvienne. En tant que touriste, on ne fait que passer rapidement (il y a plus de 25 000 pièces exposées...). En tant qu'étudiant en archéologie, cela devient plus intéressant. Comme il y a une salle entière consacrée à la période que l'on étudie en ce moment (l'intermédiaire récent, c'est-à-dire les 3-4 siècles précédant l'arrivée des Incas, dans la côte Nord), nous y réaliserons le travail du semestre : chercher les continuités et discontinuités de certains éléments stylistiques. Par exemple, l'influence Huari sur la céramique Mochica qui contribue à la formation du style Lambayeque...
Je vous présenterai bientôt une chronologie péruvienne pour être plus clair :)

Le soir, réunion pour aller tomar (=bière, bière, bière), mais je n'y ai pas assisté : je suis parti prendre un bus pour aller voir les colonies austro-allemandes du Pérou.

mardi 8 avril 2008

Cerro San Cristobal 2

Les lecteurs assidus se rappelleront peut-être qu'en août dernier, je découvrais Lima du haut du Cerro San Cristobal, magnifique vue "légèrement voilée". A la fin de l'été, alors que le ciel est encore bleu, la vue porte bien plus loin : on en verrait presque l'océan. On repère très bien the urban sprawl, l'étalement urbain qui monte à l'assaut des collines et en a recouvert entièrement quelques-unes.
On voit ici le premier cimetière de Lima, fondé en 1808 : le Cementerio Presbítero Maestro. Avant sa construction, les gens demandaient à être enterrés dans les cryptes des églises (il y aurait plus de 25 000 personnes enterrées dans les catacombes du couvent San Francisco...), jusqu'à l'indépendance, où un décret du général de San Martin a interdit cette pratique (en 1824).

Hihihi

J'avais rarement aussi bien réussi un poisson d'avril, dites donc. A part quelques rusés (bravo Alain), il reste des gens à m'aimer assez pour prendre peur et tomber dans le panneau :)
Quoi qu'il en soit, merci à tous ceux, connus et inconnus, qui envoient ou prennent des nouvelles, ou simplement regardent ce blog. J'espère qu'il vous plait toujours !
Sinon, j'ai passé une excellente fin de semaine, qui m'a empêché de donner plus de nouvelles : vendredi soir, cérémonie de remise des prix de la faculté de communication (des vidéos, des spots publicitaires, des mini-films...) ; soirée chez des amis où j'ai fini par rester dormir, et profiter le lendemain du savoir cocktailesque et culinaire des ñañas ("soeur" en quechua ; les filles de province s'appellent parfois comme cela entre elles) de Huancayo. Le samedi soir, un Breton de Guyanne, Marin G. pour ne pas le nommer, débarquait à l'aéroport, on partait direct pour une soirée Latino : Salsa, Cumbia, Reggeatón, Merengue, Trance et autres musiques variées.
Le Lendemain, grooosse promenade dans Lima. C'est grâce aux regards d'ailleurs que ce à quoi l'on s'habituait redevient curieux. La vie informelle, l'anarchie urbaine, la présence de l'océan, la crasse décrépitude du centre historique, l'énormité d'une mégapole de 8 ou 9 millions d'habitants, la complexité archéologique... le bruit des antivols, qui usent toutes les tonalités, disons, d'une photocopieuse en mode Fatal Error... la beauté des Péruviennes... la chance de profiter du ciel bleu en été... parce que Lima au soleil, franchement, c'est très, très sympa.
Photos prises à Larcomar, superbe et récent centre commercial en forme de paquebot, face au Pacifique.

vendredi 4 avril 2008

Au théâtre

J'avais déjà été voir La fiesta del Chivo, ou La fête au bouc, au théâtre en janvier dernier. C'est l'adaptation, déjà jouée aux Etats-Unis et en Colombie, du roman de Mario Vargas LLosa sur la dictature de Trujillo en République Dominicaine.

Ce soir, à nouveau Vargas LLosa, éternel et malheureux candidat au prix Nobel de Litérature, encore au théâtre Britanico. Mais il s'agit cette fois de Al pie del Támesis, Au pied de la Tamise, qu'il est normal que vous ne connaissiez pas puisqu'il s'agit de la dernière oeuvre de MVLL, en première mondiale, et pour l'instant uniquement au théâtre (la version roman arrive prochainement). L'auteur a participé de la rédaction à la mise en scène, jusqu'à la première, samedi dernier.

Alberto Isola (directeur de l'école de théâtre de la Católica), qui jouait le dictateur Trujillo dans La fête au bouc, incarne cette fois-ci Chispas, un homme d'affaires péruvien, en déplacement à Londres, dans une suite de l'hôtel Savoy. Demande à le voir un second personnage ; une femme, qui dit être la soeur de Pirulo, son ami d'enfance disparu depuis 35 ans après une dispute. On apprend progressivement que les deux amis se sont disputés après que le disparu eût voulu embrasser Chispas, qui réagit en le frappant violemment. Puis que la soeur est en fait Pirulo ille-même, qui n'a cessé de l'aimer après avoir "retrouvé son identité".

Je me suis souvent demandé comment un dramaturge pouvait faire rester deux personnes en scène dans un décor unique, en un seul acte, pendant une heure et demie. Mario Vargas LLosa y répond très bien.
Pour les connaisseurs, on retrouve les thèmes classiques de Vargas LLosa : la question de l'identité, la liberté, et les souvenirs qui ressurgissent d'un passé traumatisant. Et c'est très bien joué. Je vous encouragerais bien à y aller (c'est jusqu'au 19 mai), mais je crains que ce ne soit possible pour tout le monde...

mercredi 2 avril 2008

Chavín de Huántar 3

Vous aimez les reconstitutions numériques aussi réalistes qu'un jeu vidéo pour Windows 98? Vous voilà servis ! Une petite présentation de Chavín, et de la galerie des offrandes (que j'eus le plaisir de visiter en novembre dernier). N'oublions pas que Pablo Picasso avait déclaré : "de toutes les anciennces cultures que j'admire, c'est celle de Chavín qui me stupéfie le plus. De fait, beaucoup de mes oeuvres s'en sont inspiré".

mardi 1 avril 2008

Piratería : ils sont forts ces Péruviens

Les copies de DVD ou de CD qu'on trouve partout dans la rue, c'est du classique. Les copies de livre, cela traduit déjà un niveau supérieur dans la piratería. Mais en arriver à faire des copies de téléphones portables... ils sont forts, ces Péruviens.

Je ne rentrerai pas à SciencesPo.

Je crois que ce sera plus simple. Radical mais plus épanouissant.

Je reste au Pérou. Tant pis pour mon Master-mondialement-réputé-à-Paris. La spécialité d'archéologie de la Católica est d'aussi bon niveau, et au moins, il y a de quoi faire. Tant de sites à fouiller, à restaurer. Tant de culture à découvrir.
Je continuerai donc les études à la PUCP, ce qui devrait prendre encore deux ans, puis je pourrai préparer une thèse. Je pense aux huacos mochicas du musée Casinelli, représentant des personnages de cultures différentes (chinois, noirs ¿¡?!), ce qui montre qu'il y a eu contact mais pas échanges avec d'autres cultures dès l'Intermédiaire précoce. Et puis après... advienne que pourra! Et tant pis pour Paris!

Sacrée administration de SciencesPo.

"Chers étudiants,
Votre séjour d’études touchera bientôt à sa fin. Nous espérons qu’il se déroule bien et qu’il vous apporte beaucoup de satisfaction."



N'importe quoi, je viens à peine de débuter le second semestre !! Et ils voudraient que je leur envoie mon rapport de l'année pour le 19 mai?

Bon, il est vrai qu'à Paris, il y en a qui sont déjà rentrés, et qui ont déjà trouvé de quoi s'occuper (ne serait-ce que par des engagements politiques). Mais les autres, qui travaillent par cette chaleur liménienne, hum?

Toujours est-il que la semaine prochaine, arrivent les voeux pour le Master. Gloups.