vendredi 29 février 2008

Voyage en Bolivie

Puisqu'on évoque son président, parlons de la Bolivie.


Les cours reprennent le 17 mars. C'est la fin de l'été, la reprise du chemin de l'université, la fin des vacances (ou presque...).
Je vais donc mettre à profit ce dernier moment de libre avant juillet (parce qu'ensuite, ils n'ont pas inventé les vacances au milieu de semestre...) pour un grand voyage, destination Bolivie.
Commencement par le côté péruvien du lac Titicaca et Puno, que je n'avais pas pu voir à la suite d'Arequipa pour certaines raisons dépendantes de ma volonté ; suite par la Paz, capitale la plus haute du monde, en passant par les ruines de Tiahuanaco ; continuation par le Salar d'Uyuni, le plus grand désert de sel au monde (que le couzin Sébastien m'avait recommandé voilà près d'un an) ; suite avec la ville et les mines de Potosí, où travaille (enfin, elle est en vacances) Aliénor, qui était venue à SciencesPo. l'année dernière nous parler de son association liée au commerce équitable. On passe ensuite du sel à Sucre, merci maman pour gag vaseux, avant de rentrer au pays.

Le blog sera malheureusement ralenti, mais j'essaierai de l'actualiser en cours de route. J'espère qu'on ne me volera rien et que je ne me casserai rien cette fois-ci! Mais c'est un parcours plus touristique et plus fréquenté, les risques seront donc différents.

Après longs et savant calculs, je prévois un budget de 200 euros pour une douzaine de jours. On verra si ca tient la route :) Temps prévu : bien froid. Distance à parcourir prévue : euh... 6000 km ? Mais bon, plus de la moitié est en territoire péruvien (Lima-Puno). Je passerai le temps avec Jose Saramago qui, pour communiste athée qu'il soit, n'en demeure pas moins intéressant.


(Si des commentaires en anglais et avec un lien apparaissent, du style "see here", ne pas cliquer, ce sont de méchants virus)

Même pas drôle

Mardi 4 mars 2008, annulation de la conférence d'Evo Morales

En raison de l'annulation de la visite en Europe du Président de la République de Bolivie, S.E. Evo Morales Ayma, la conférence prévue à Sciences Po le mardi 4 mars à 19h30 n'aura pas lieu.

On ne connaîtra pas la couleur de ses éternels pulls en alpaga... snif. En cherchant bien, il semble que ce soit annulé à cause des inondations en Bolivie et de la crise politique (referendums prochains sur l'autonomie de deux régions), mais le site de la présidence bolivienne n'a même pas encore l'air au courant de cette annulation. Ils devraient embaucher un secrétaire.

Cumbia - Ah que je suis trop fort

J'ai acheté El comercio ce matin, pour obtenir le 32e et dernier fasicule de ma collection "Maravillas del Perú" (plein de bonnes idées de voyages!). Et que ne lis-je pas en une? Pile ce dont je vous parlais dans le pénultième article. Un an au pérou, au coeur de l'actualité péruvienne (alors que j'ai esquivé le thème jusque là...).
Le débordement musical de la cumbia
"L'irruption des groupes de cumbia dans les discothèques et les espaces les plus urbains de Lima est un symptôme de diversité culturelle à saluer. Plus qu'un débordement populaire, comme l'anthropologue José Matos Mar entendait l'arrivée des vagues d'immigrants provenant de l'intérieur du pays il y a plusieurs années, cela ressemble plutôt à une discrète admission musicale.
Si auparavant, quelques personnes voyaient -et n'entendaient pas- des groupes comme Los Shapis avec septicisme et une distance marquée, aujourd'hui la grande majorité des péruviens danse, chante et fait la fête sur les composition que Grupo 5, Kaliente, Armonia 10, Caribeños et bien d'autres groupes exécutent avec enthousiasme. Il est certain que ces rythmes correspondent aujourd'hui à des fusions et des combinaisons de divers courants et instruments, mais également que certains préjugés sont tombés, peut-être pour toujours. Pour le moment, il y aura aujourd'hui et demain trois concerts où l'on pourra vérifier, une fois de plus, que cet embrujo (ensorcellement) continue de croître".
Mais la cumbia existe bien au-delà des radios péruviennes : Hillary Clinton, pour séduire les latinos (qui représentent 50% de la population du Texas où se jouent les prochaines élections), le fait en... cumbia, bien sûr !


boomp3.com

Barack Obama, en réponse, se fait tresser des lauriers par des mariachis mexicains ! C'est le Texas Musical Massacre.

Les petits métiers du Pérou 1

La moitié des Péruviens vit sous le seuil de pauvreté.

Cela implique une très forte informalité (le Pérou est la 6e économie la plus informelle au monde), et la multiplication de petits métiers de toutes natures.

Le transport
Le travail le plus évident est celui de chauffeur de taxi. Il y a foultitude de taxis dans les rues de toutes les villes, plus ou moins légaux. Certains sont simplement des voitures particulières, le chauffeur collant sur le pare-brise un autocollant "taxi" lorsqu'il cherche un client. Variante : les motos-taxis, qui font souvent partie d'un groupe et desservent un quartier précis. Elles ne peuvent pas emprunter les grandes avenues. Il y a aussi toutes les unités de transport public, qui emploient un chófer, un cobrador qui fait payer le pasaje, et des bonshommes qui d'un point fixe notent les passages des combis de la ligne, pour vérifier qu'ils circulent bien.


La sécurité
On peut aussi être guachíman (watching man in inglés), serenazgo, vigilante : bref, travailler dans la sécurité publique ou privée, mais sans statut de policier. La délinquence étant forte, et l'efficacité policière plutôt faible (1 policier pour 4000 habitants je crois), la sécurité est un secteur qui emploie beaucoup. Les résidences, les musées, les clubs, les quartiers peuvent employer des personnes pour leur SS (Servicio de Seguridad).


La comida de la calle
Nombreux sont ceux qui vendent à manger dans la rue. Ce peut être des hamburguers cuits à la minute, des anticuchos (brochettes de coeur de vache), des empanadas, bref, un peu de tout à prix et conditions d'hygiène dérisoires. Il y a aussi des vendeurs de jus de fruits, qui pressent sur demande des oranges, des ananas, des bananes ou autres fruits exotiques (maracuyas...), et proposent des verres frais pour 1,50 sols (30 cts d'euro).


Les artisans
De nombreux artisans ont leur petite boutique donnant sur la rue, et là encore pour un prix dérisoire, réparent une chaussure, découpent une vitre... Par exemple, j'ai fait réparer et recoudre mes chaussure qui avaient bien souffert dans le cañon de Colca chez ce zapatero, pour un euro.



Les kioskes
La presse s'achète beaucoup en kioske. Les gens s'arrêtent souvent pour y consulter les unes des journaux (ici, le premier jour du procès de Fujimori et le lendemain d'un scandale impliquant l'équipe nationale de football, agrandissez donc). Quand c'est une femme qui tient le kioske, d'autres membres de la familles peuvent éventuellement s'installer autour (la grand-mère pour garder le bébé...).


Les appels, ou la pauvreté créatrice
Des gens achètent des forfaits aux divers opérateurs : un téléphone movistar dans une poche, un claro dans l'autre, et il ne leur reste plus qu'à annoncer, plus ou moins discrètement : LLamadas, llamadas... l'appel coûte 50 cts de sols/min (alors qu'appeler de son téléphone vers un autre opérateur revient à beaucoup plus cher). Certains revendeurs de llamadas possèdent même leur propre gilet fluo.
On peut aussi évoquer les llamadores, personnes employées pour rameuter le client. C'est exactement ce que Raspail décrit dans "Terres et peuples incas" (1954) lorsqu'il veut acheter des oranges : on se retrouve au milieu de deux boutiques similaires, que ce soit de glaces ou de matériel informatique, et des cris de tous côtés cherchent à faire pencher la balance. Le plus drôle était l'épisode des glaces, le mois dernier. "¡¡Helados helaaados!!""Mi amor, ¡ven!, ven acá", "¡¡Joven, por acá!!", "Señor, te daré una bola de yaaaapa", (la yapa, c'est le rab, le petit truc en plus, ici une boule de glace de plus)... un grand moment de frayeur. Mais une fois le choix fait, tout se calme et les furies attendent le client suivant.



Plus rare, mais qui existe : les "écrivains publics", qui rédigent à la demande n'importe quel tramite, document administratif ou lettre (ici, à Ica). De même, à Lima, tout le quartier à l'ombre du Palacio de Justicia est rempli de ces tramitadores, ces gens qui font les démarches administratives plus ou moins légales pour d'autres. Je pourrais sûrement y acheter un permis de conduire si je voulais.


Il y a aussi les cruceristas ou ambulantes, vendeurs ambulants qui travaillent à un carrefour toute la journée, pour vendre de tout : lunettes de soleil, chapeaux, rouleaux de PH (papel higienico), Coton-tige, plans, posters, jouets pour enfants... de tout tout tout, on trouve de tout dans la roue.

Les vendeurs de caramelos auront droit à un article à part, parce que c'est quelque chose de bien particulier.

jeudi 28 février 2008

La cumbia péruvienne

Tentative de présentation de la cumbia

La cumbia est au départ une danse colombienne, syncrétisme des instruments indigènes et africains : tambours, ocarinas, flutes, maracas... En se diffusant en amérique latine, cela a donné naissance à diverses variantes selon les adaptations nationales et l'influence de la salsa, du merengue, etc.
Au Pérou, c'est bien plus qu'un genre musical ; on parle de la cultura chicha. Par exemple, ces affiches fluos pour annoncer les concerts, c'est chicha.
La cumbia péruvienne s'est d'abord mélangée aux huaynos, les danses andines traditionnelles. Assimilée aux nouveaux migrants qui arrivaient des Andes vers Lima dans les années 1970 (=typés andins, pauvres et parlant quechua ; bref des cholos, pour faire clair), la cumbia a été longtemps méprisée par les criollos de la côte.

Dans les années 1990 est apparue la technocumbia, qui a fait quelque peu perdre l'influence andine, ajoutant synthés et batteries aux instruments et participant à la popularisation de la musique. Après un certain déclin, la cumbia semble bien de retour depuis l'année dernière. La vague d'émotion survenue après la mort des membres de Grupo Nectar, lors d'un déplacement en argentine (mars 2007), le renouvellement de groupes anciens (Grupo 5, Caribeños), et les nombreux titres du parolier Estanis Mogollón ont contribué à son retour en scène. El embrujo, par exemple, c'est lui ! La chanson inconstestablement la plus écoutée de 2007 dans tout le Pérou (véritablement matraquée dans tous les combis et sur toutes les radios) !!

boomp3.com

Les thèmes sont le plus souvent... el amor y el sufrimiento ! Rien d'original, et pourtant, ca marche fort !
boomp3.com

Les journaux populaires accordent beaucoup d'importance à toute la vie des chanteurs, leurs déclarations, insultes, excuses et négations, la une pouvant très bien être une citation sans intérêt d'un chanteur. Ainsi il y a eu tout un foin lorsque Léonard León, chanteur de Grupo 5, a quitté le groupe pour la nouvelle formation América.

Comment se passe un concert de cumbia ? Les groupes sont en tournée permanente de ville en ville, et installent leur scène le plus souvent dans les stades. On délimite devant la scène, avec des grilles, ce qui sera l'espace bip (VIP), et coutera donc le double.

Important : le centre névralgique reste la buvette, c'est-à-dire la vente de bière! Les concerts attirent les foules, qui connaissent toutes les paroles par coeur. Il y a toujours un sponsor, marque de bière ou de téléphonie, qui distribue force cadeaux (porte-clés, tee-shirts, posters) et se fait plus citer en dix minutes qu'il n'y a de coupures publicitaires en une heure de télé péruvienne.

Chaque groupe a son style, mais avec une constante : ce sont de formidables chauffeurs de public ! y la paaalmas arriba, las palmas arriba... ¡ Levanten las manos ! y ¿dondé están las solteritas? Chicas, ¡¡quiero escuchar el grito de la noooooche!!

En-dehors des musiciens, il y a aussi un certain nombre de membres du groupe qui font les choeurs et dansent la cumbia en avant-scène ; ceux de Grupo Cinco sont chanteurs tour à tour.

Et Grupo Nectar n'est pas mort : le fils du chanteur Johnny Orosco, le jeune Deyvis (21 ans, le "métrosexuel de la chicha"), a reformé le groupe en profitant du capital-sympathie dont il bénéficiait.

Peut-être bientôt une vidéo pour éclairer cet article... (ou pas).

Disgression politique - Vannes

Je me permet un petit article de disgression politique, ca changera des mules et des péruviens, car j'ai trouvé quelques lectures amusantes :


1) Suite à la chute sarkozienne et à la hausse fillonienne dans les sondages, les commentateurs semblent s'accorder à saluer la modération et la dignité du Premier Ministre... ce qui donne, poétiquement (lu dans les commentaires d'un article du Monde) : "Comme les yaourts à l'ancienne, M. fillon évoque la France qui garde ses racines bien vivantes tout en étant de plain-pied dans la vie". J'adore.

2) Le Figaro, sur son site internet, a un dossier spécial municipales, et Vannes fait partie des villes-clé (uhuh^^) : pensez, un ancien ministre contestataire allié au MoDem, cela semble une belle affiche. L'article est d'ailleurs commenté par des gens qui y voient la droitisation du MoDem(il est vrai que Jean-Marc Ayrault avait traité Francois Goulard de représentant de "la droite dure" pour appuyer je ne sais plus quel candidat socialiste). Mais tout change quand on connaît la situation locale...

Pas de quoi en faire un plat, M'sieur Goulard sera réélu maire de Vannes, avec ou sans MoDem, celui-ci a donc tout à gagner à s'allier pour obtenir quelques sièges. "Un tiers des quarante-cinq places", souhaite Jean-Christophe Auger (oh le bel homme), qui a le droit à une interview dans le Figaro.


Depuis 1945, il n'y a eu que cinq maires à Vannes (plus Norbert pour la forme), qui évolue très bien sans alternance politique. Et même si Francois Goulard n'est pas le plus charismatique, il n'y a pas vraiment d'opposition ni d'ambitions qui pourraient contrarier sa réélection. Vannes Projet Citoyen, "la gauche qui avance masquée" selon Jean-Christophe, périra par l'apolitisme, et Vannes2008 (PS-UDB-Verts-PRG sur un "socle progressiste commun"), eh bien... ils n'ont pas le PCF, mais ils ont Rakotonirina avec eux :(

Je prévois donc un beau score goulardien au second tour et en arrête là avec les municipales.

mercredi 27 février 2008

Sacrifices de jeunes filles

Sous ce titre alléchant se cache une réalité historique : lors de catastrophes naturelles, comme par exemple les éruptions de volcans, il arrivait que les incas offrissent des Capaccocha, offrandes aux divinités.


L'archéologue Johan Reinhard est un spécialiste du sujet. En 1995, suite à l'éruption d'un volcan proche d'Arequipa, la fonte des glaces sur l'Ampato (6300m) a dégagé le corps d'une jeune fille, morte vers 1440-50. Vers 1440-50 justement, se produisit une forte éruption qui recouvrit Arequipa de cendres. Celle que l'on baptisa Juanita, qui avait environ 14 ans, fut menée sur le volcan, droguée puis sacrifiée pour apaiser la colère des divinités. D'autres cadavres d'enfants ont été découverts sur divers volcans du territoire inca. Habillés de riches manteaux, les victimes étaient sacrifiées et leur corps enterré sur le volcan, avec des petites offrandes : coquillages, plantes, statuettes... ils servaient de messagers de l'au-delà, et vivaient pour l'éternité parmi les dieux.

Juanita, la mieux conservée, est actuellement conservée au musée Sanctuarios Andinos 9 mois sur 12. De janvier à mars elle est remplacée par Sarita, autre fille des glaces, abritée par une triple épaisseur de verre qui permet de la maintenir à -20 degrés. Mais il est formellement interdit de prendre des photos :(
Pour vous consoler, cet article dispose de belles photos du sujet ; vous pouvez également observer quelques autre momies, mais provenant d'endroits désertiques du Pérou et non de volcans. J'en profite pour vous rappeler que pour les momies, il n'y a pas que l'Egypte (n'est-ce pas Elsa) ; la Chine, l'Amérique du Sud ou le Mexique en comptent également de forts beaux exemplaire.

Evo Morales à SciencesPo.

Hihihi.

Voilà que SciencesPo. [prononcer Sciences po, point] nous informe de la venue du grand et respecté président bolivien, Evo Morales Ayma, dans ses locaux : il y donnera une conférence le 4 mars. Je me demande quelle sera la couleur de son pull.

Dans l'autre sens, notre cher Nicolas Sarkozy viendra à Lima pour le Sommet Union-Européenne / Amérique Latine et Caraïbe, le 16-17 mai prochain. Mais il y a peu de chances que je le voie, le gouvernement de ce cher Alan García Perez ayant déclaré ces jours non travaillés à Lima et au Callao (pour qu'on libère la ville, ce que je compte bien faire). Imaginez débarquer tant de monde... le Sheraton, le grand hôtel liménien, sera saturé.

mardi 26 février 2008

La recoleta : musée des missions franciscaines

Autre monastère d'Arequipa : celui de la Recoleta, le monastère Franciscain. Du latin Recoletum : lieu éloigné, à l'écart de la ville. Il fut la base franciscaine d'Arequipa, pour l'évangélisation des terres amazoniennes, en réseau avec les nombreux autres monastères du Pérou.
L'empire inca, pour étendu qu'il fut, s'étendait principalement sur la côte et les Andes. C'est grâce à l'évangélisation, et à elle seule, que le Pérou est parvenu à s'étendre au-delà des Andes, vers l'amazonie. Avant 1630, personne n'avait dépassé et exploré les régions orientales, "terres des vertes espérances" vers lesquelles s'élancèrent les Franciscain, les Jésuites...
J'étais donc seul à visiter le musée, sous une belle pluie de février. Après quelques salles archéologiques ou religieuses, viennent les plus intéressantes : celles sur l'Amazonie, faune, flore et tribus. De nombreux animaux empaillés, et pourtant tellement vrais. Mygales, boas, tapirs, singes, pirañas... Je ne sais pas ce qui s'est passé mais je ne me suis jamais senti aussi bien dans un musée. Et maintenant que j'ai compris le coup des diaporamas, je vais pouvoir vous en offrir un autre :

Picasa SlideshowPicasa Web AlbumsPlein Ecran

lundi 25 février 2008

Monastère de Santa Catalina

Le couvent le plus notable d'Arequipa est celui de Santa Catalina (Sainte Catherine de Sienne), fondé par une riche veuve en 1579, quarante ans à peine après la fondation de la ville. Il est toujours occupé par les dominicaines. Pendant les premiers siècles, les femmes qui y entraient continuaient à y mener grande vie ; elles vivaient dans une petite maison, avec cuisine et chambre pour la servante. Le couvent forme donc une véritable petite ville dans la ville de 20 000 mètres carrés, avec ses nombreux cloîtres, ses petites rues aux noms andalous (Sevilla, Cordoba...), son propre cimetière, ses lavoirs...
Vers 1870, la réclusion devient plus sévère (et adieu, les servantes). Le couvent, qui a abrité jusqu'à 400 nonnes, est partiellement ouvert au public depuis 1970. Jean Paul II s'y est rendu en 1985, et a béatifié la soeur Ana de Los Angeles Monteagudo, une supérieure du XVIIe à qui sont attribués prédictions et miracles.
D'un point de vue architectural, le monastère est très intéressant : endommagé à de nombreuses reprises, les reconstructions traduisent l'évolution du style de l'époque. Les murs sont de sillar, roche volcanique de la région, et peint d'ocre, de bleu, de blanc...
Cela aura été laborieux, mais j'ai enfin trouvé comment afficher un diaporama sur la page du blog : découvrez donc le Monastère de Santa Catalina... J'ai supprimé les vidéos qui s'affichaient intempestivement en plein écran, je les remettrai peut-être plus tard sur youtube.
Picasa SlideshowPicasa Web AlbumsPlein Ecran

Arequipa - Présentation générale

Arequipa est une des plus belles villes du Pérou. D'abord par sa situation géographique : située à un millier de kilomètres au sud de Lima, à 2300 mètres d'altitude, elle est entourée de trois grands volcans (pas vraiment apercus par votre serviteur à cause des brumes de la saison des pluies). Ensuite par ses pierres : de nombreux bâtiments sont construits de sillar, une roche volcanique, qui a donné à la ville son surnom de Blanca Ciudad. Il est très agréable de s'y promener, de jour comme de nuit.
Par son patrimoine religieux également : ville très catholique, Arequipa compte un grand nombre de couvents et églises de divers ordres religieux : dominicains, franciscains, jésuites...
Les Arequipéniens sont réputés pour leur particularisme et leur esprit contestataire. Abimael Guzman, le chef du Sentier Lumineux (Vers le Marxisme-Léninisme), était d'Arequipa, tout comme Montesinos, le chef des services secrets de Fujimori. Plus pacifiquement, Mario Vargas LLosa est aussi aréquipénien.
En raison de la présence de nombreux camélidés (et de touristes de l'autre côté de la chaîne), l'activité textile y est assez développée, et on trouve un peu partout des vêtements en alpaga.
Une porte sympathique : le Syndicat Unique des Cireurs de Chaussures d'Arequipa.

dimanche 24 février 2008

Aventure dans le Cañon de Colca 4

Après deux nuits de repos, il était temps pour moi de rentrer à Cabanaconde (où j'avais trouvé un très acceptable hôtel à 8 sols, soit 2 euros, si señor). Comment faire sans l'entier usage de mes genoux? La mule, eh oui ! Fort bien adaptée aux chemins de montagne, la mule permet de se déplacer très facilement, et Modesto en louait justement.
Réveil vers 3-4 heures du matin, afin d'éviter la chaleur du soleil et que je puisse prendre les premiers bus pour Arequipa. Nous voilà donc partis, Modesto et moi, accompagnés de Pepe et Moreno, mâchant la coca dans la nuit montagnarde. En face, plus de 500 mètres au-dessus de nous, la cîme des montagnes dépasse de la brume blanche.
Il faut marcher dans la dernière demie-heure de descente, trop inclinée pour s'y risquer avec les mules ; puis une fois dépassée l'Oasis, les deux heures de montée (le double à pied) se passent sans problèmes. Le jour point tranquillement. Les braves bêtes connaissent le chemin par coeur, et savent trouver leur chemin parmi les pierres.
A part le début de la montée, Modesto a marché tout du long, pied sûr et souffle long, aussi rapide que ses mules. Quand il le faut, il peut même faire le chemin en portant sa femme. Incroyable résistance. Je ne le remercierai jamais assez !

Aventure dans le Cañon de Colca 3

Ce que j'ai appris à Malata
Il faut bien que la convalescence serve à quelque chose. Pendant ce séjour à Malata, j'ai donc appris à manger des cactus (bon, des figues de Barbarie si vous voulez, mais c'est moins intéressant de le présenter sous ce nom), des fruits inconnus et de la viande d'alpaca (un cousin du lama), et j'ai appris à préparer la chicha.

La chicha est une boisson à base de maïs, qui servait dans un usage rituel pour les cérémonies incas. La fermentation est aujourd'hui plus rapide, mais le procédé reste le même :
- après avoir fait griller les grains de maïs, on les passe au batán pour le moudre (c'est plus savoureux qu'au moulin manuel) ;
- on fait bouillir le résultat dans une grande marmite pendant plus d'une heure ;
- une fois refroidi, on filtre le liquide ; le résidu est donné aux bête, la phase liquide est mis en jarre et pourra être servie le lendemain.

Autre chose intéressante, la prédiction de l'avenir. Se lit dans les feuilles de coca. Après une sorte de signe de croix sur le sac contenant les feuilles, l'ancien ouvre le sac, fait tomber les feuilles par poignées, et y lit les réponses suivant la position des feuilles de coca entre elles, le sens dans lequel elles sont tombées, etc.

L'hospedaje abrite un petit musée où sont exposés des objets de la vie ordinaire : instruments aratoires et de cuisine, métier à tisser, lliclla (manteau servant à porter le bébé, la luzerne ou tout autre chose sur son dos), diverses sortes de maïs, paniers pour conserver les pommes de terre ou la viande séchée, plein de détails quotidiens. La famille connaît d'ailleurs beaucoup des vertus médicinales des plantes, dont elle fait bon usage.
Détail anecdotique : les sandales, qui du temps des incas étaient en peau de bête, sont aujourd'hui fabriquées en pneus. C'est aussi efficace. Et voilà un apercu des multiples variétés de maïs péruvien !


Lorsque l'on construit une nouvelle maison ou pièce, en guise de crémaillère, on suspend aux poutres du toit une casserolle pleine d'aliments, afin que la nourriture ne manque jamais dans la maison.

Aventure dans le Cañon de Colca 2

Je retrouve un champ, un chemin, des arbres, je revis. Mon espérance depuis plusieurs heures est de trouver un paysan qui me ramènera chez lui ou dans quelque village. Je marche sous la pluie. Miracle, des pommes? Non, ce sont des grenades. Il faudra que j'apprenne à les manger, ca pourra servir. Je bois avidemment l'eau des ruisseaux, je cherche la route. Puis au détour d'un chemin, il apparaît, mon paysan. Il s'appelle Bernardino.

Le temps de couper de la luzerne pour ses lapins, et de rechercher ses bêtes, nous voilà partis pour Malata. Par un chemin en zig-zag, viennent donc trois mules noires, un paysan portant la luzerne sur son dos, et un francais en poncho bleu. Les 400 mètres de dénivellé m'imposent quelques pauses respiratoires, mais je finis par y arriver, exténué. Bernardino vit dans la première maison, je continue jusqu'à l'autre bout du village où il y a un hospedaje.
Après plus de onze heures de marche, arrivée à l'hospedaje de Malata, tenue par une famille plus qu'adorable. On me soigne, on lave les blessures à l'eau chaude et au savon, on les enduit de je ne sais quoi, on m'allonge, on m'apporte le dîner au lit. Repos bienfaiteur.

Le lendemain commence une activité qui durera encore quatre ou cinq jours : l'arrachage des épines de cactus. L'homme s'appelle Modesto. Un vrai coeur d'or.
Le médecin et l'infirmière de Cosñirhua viennent, font le nécessaire pour désinfecter les plaies. Comme la journée est bien avancé, je reste chez eux pour me reposer, ce qui s'avère très intéressant.