dimanche 12 juillet 2009

Barrio Chino de Lima

Barrio Chino de Lima.
Posted by Francois Rambaud
Grâce à l'immigration chinoise et japonaise, depuis la seconde moitié du XIX, Lima possède bien évidemment un "barrio chino"... et une cuisine sino-péruvienne particulière et réputée, que l'on appelle Chifa.

A propos de Bagua

J'apprends qu'Amnesty International Espagne vient de s'excuser auprès du gouvernement péruvien pour s'être prononcé sur les événements de Bagua (les affrontements entre policiers et nativos) en s'appuyant sur des "informations incomplètes" : ils ignoraient que plusieurs policiers avaient été torturés et assassinés, et que "certains politiques radicaux" avaient propagé auprès des indigènes l'idée qu'on allait leur prendre leurs terres, ce qui engendra le conflit. Amnesty qui s'excuse : voilà sans doute le résultat de l'opération diplomatique lancée par le Pérou pour redorer son blason...

Plus généralement, les différents rapports d'Amesty, de la Defensoría del Pueblo et de la Croix rouge ont levé les doutes sur certaines versions un peu extrémistes, promptes à voir un "génocide des indigènes" ou du moins un "massacre" commis par l'armée. La Defensoría del Pueblo, organe créé en 1993, a réalisé un bon rapport disponible sur son site (photo de gauche : Beatriz Merino, Défenseur du Peuple). On y rappelle le contexte, le bilan -33 morts, dont 23 policiers (torturés et décapités pour certains), 5 habitants de Bagua et 5 indigènes- et les actions entreprises par la Defensoría, qui a été vérifier dans chaque communauté indigène si les manifestants étaient bien rentrés chez eux.

samedi 11 juillet 2009

Les archipels du Pérou

L'anthropologie andine a développé, depuis les années 1970, un intéressant concept pour étudier l'économie inca : il s'agit du modèle d'archipel vertical. Tout commence avec John Murra, un anthropologue américain d'origine roumaine qui publie en 1972 un article sur "Le contrôle vertical d'un maximum d'étages écologiques dans les sociétés andines". L'idée générale est que les sociétés andines ont établi des colonies dans différentes zones écologiques assez distantes, afin d'accéder aux biens et produits agricoles qui y étaient cultivés. Ainsi, elles pouvaient diversifier leur consommation sans s'engager dans le commerce avec d'autres groupes, et obtenir des ressources complémentaires tout en préservant leur auto-suffisance économique. Le fonctionnement de cet archipel vertical n'implique pas la possession des terres intermédiaires, mais simplement le contrôle d'îles de ressources gérées par des colonies chargées d'approvisionner le centre. Ce modèle permet d'expliquer la réussite de sociétés vivant dans des environnements hostiles, mais aussi d'étudier le fonctionnement des échanges en l'absence de marché.

Le concept a été l'un des plus commenté, critiqué et corrigé durant ces dernières décennies. Preuve de son succès, il a même été adopté par d'autres disciplines (pour étudier les réseaux culturels de la littérature en langues indigènes, la diffusion de l'avant-guarde latino-américaine...). Ulises Zevallos-Aguilar utilise le concept d'archipel culturel andin pour étudier les migrations de Péruviens aux Etats-Unis : le modèle d'archipel permet d'identifier les îles où se concentre la culture andine (New York, New Jersey, Floride, Californie), ainsi que les flux de personnes, de ressources et de musique ; l'exil aux Etats-Unis, souvent définitif, est analysé comme une stratégie du groupe social pour faire parvenir à la ville d'origine de l'argent et des biens matériels.

vendredi 10 juillet 2009

Le Pérou rembourse plus tôt que prévu sa dette à la France

Lu dans le vol aller, cet article des Échos qui témoigne d'une situation économique pas si mauvaise que cela au Pérou :

"Secrétaire d'Etat au Commerce extérieur, Anne-Marie Idrac, est depuis lundi au Pérou dans le cadre d'un déplacement en Amérique Latine qui la mènera également au Chili. Deux pays, qui selon le ministère, "ont résolument fait le choix de l'insertion dans les échanges internationaux et résistent relativement bien à la crise économique mondiale".
Il s'agit donc de développer les relations de la France avec ces deux paysm dont la France n0est que le 25e partenaire commercial et le 13e investisseur étranger. La venue d'Anne-Marie Idrac, qui a rencontré hier le président péruvien, Alan García, constitue d'ailleurs la première visite officielle depuis longtemps, en dehors du passage éclair de Francois Filon en mai 2008.
L'un des signes forts de cette volonté de rapprochement a été la signature hier, par la ministre francaise et le ministre des Finances péruvien, en présence du président, de l'accord de remboursement anticipé de la dette péruvienne à hauteur de 471 millions d'euros à l'égard de la France. Cet accord intervient dans le cadre du Club de Paris, avec lequel le Pérou avait manifesté depuis un moment son intention de renégocier sa dette. La France, son premier créancier, s'y était d'abord opposé, en raison du préjudice financier que cela entraînait pour elle. Mais les deux pays en ont rediscuté lors de la dernière assemblée générale de la Banque interaméricaine de développement, à Bogota.

Cet accord ouvre donc de nouvelles perspectives (...). Anne-Marie Idrac "souhaite absolument développer les relations commerciales" avec ce pays qui a enregistré l'an dernier la plus forte croissance du sous-continent à 9,8 % et devrait, malgré un fort ralentissement lié à la crise, conserver cette année une hausse du PIB de l'ordre de 3%.
Les opportunités pour la France ne manquent pas, en particulier dans le cadre du plan de relance de 4,1 milliards de dollars (3,2% du PIB) mis en place fin 2008 par le président Alan García. Notamment en termes de transports et d'assainissement des eaux auxquels Veolia s'intéresse, ou dans les hydrocarbures, où Perenco est actif.
Cela dit, la situation est compliqué par la crise politique que traverse actuellement le pays. Après les affrontements meutriers de début juin entre la police et les communautés indiennes, le Pérou connaît cette semaine une forte agitation sociale qui devrait culminer aujourd'hui à Lima. Les syndicats ont appelé soit à la grêve, comme les enseignants, soit à une "mobilisation" de leur choix. La démission du premier ministre Yehude Simon, usé par des conflits sociaux récents, figure parmi une large palette de revendications syndicales, dont des hausses de salaire."

La grève n'a finalement pas été si suivie que cela, et la démission du premier ministre était annoncée depuis longtemps. Son successeur devrait être désigné la semaine prochaine, mais les candidats ne se pressent pas...
Par ailleurs et pour rester dans l'économie, le Pérou a signé un accord de 140 millions de dollars avec Dassault, Thalès et Snecma, lors du salon du Bourget, pour restaurer sa flotte de 12 Mirage 2000 (dont trois seulement sont aujourd'hui en état de vol), achetée il y a plus de 20 ans. Ca, c'est pour se prémunir d'une invasion chilienne...

Première journée à Lima...

... les souvenirs reviennent ! Un an, ca marque. Là, je n'y suis que pour deux mois : je vais réaliser un p'tit audit sur le Musée national d'archéologie, d'anthropologie et d'histoire du Pérou, je commence lundi pour un mois et demi !


dimanche 5 juillet 2009

Et mince...

Juste quand je me prépare, la terrible grippe H1N1 fait ses deux premières victimes au Pérou (jusque là plutôt épargné). Heureusement, le bien-aimé président Alan Garcia a déclaré que le Pérou serait libéré de la grippe A d'ici la fin de l'année, me voilà donc rassuré. Il a déclaré hier (juste avant l'annonce des 2 victimes, donc) : "à la différence de ce qui se passe dans d'autres pays voisins, où des milliers de personnes ont été infectées et des dizaines sont mortes, au Pérou la grippe n'a pas causé le moindre décès". Je pars donc le coeur léger !

Je repars au Pérou !

Je pars mercredi pour deux mois au Pérou, où je serai investigador dans l'administration du Musée national d'archéologie, d'anthropologie et d'histoire... A moi les joies de la gestion culturelle et de l'administration péruvienne !

mercredi 1 juillet 2009

Les sites péruviens inscrits au Patrimoine mondial de l'Humanité

Caral devient le 11e site péruvien inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l'Humanité. Voici donc l'ensemble des sites classés :

La ville de Cusco (1983)
Le sanctuaire historique de Machu Picchu (1983)
Le site archéologique de Chavin (1985)
Le parc national du Huascaran (1985)
La zone archéologique de Chan Chan (1986)
Le parc national du Manu (1987)
Le centre historique de Lima (1988)
Le parc national Rio Abiseo (1990)
Les lignes et géoglyphes de Nasca et de Pampas de Jumana (1994)
Le centre historique d'Arequipa (2000)
Et donc, la ville sacrée de Caral (2009)

L'inscription sur la liste du Patrimoine mondial consacre la "valeur universelle exceptionnelle" d'un bien culturel, son authenticité et son intégrité. Les Etats s'engagent à protéger le site, et fournissent un rapport annuel sur sa situation. Il peut être inscrit sur la liste du "patrimoine en péril" si les risques de dégradation sont trop importants (ce pourrait un jour être le cas, par exemple, du Machu Picchu menacé par le tourisme de masse et actuellement en "suivi renforcé").

Le Pérou a encore plusieurs candidats de poids pour rejoindre la liste, en particulier le Capac Ñan, le "chemin inca" qui court de Quito à Cusco et de Cusco à La Paz, et a été étendu, dans les dernières décennies de l'empire inca, de la Colombie à l'Argentine. Le chemin est en pleine redécouverte depuis quelques années, les enquêtes et publications se multiplient : affaire à suivre !

Deux "cousins migrateurs" avaient fait, jusqu'en 2007, un tour du monde du Patrimoine mondial et avaient visité huit des sites péruviens : tout est archivé ici.

mardi 30 juin 2009

Caral inscrite au Patrimoine mondial de l'Unesco

La "ville sacrée" de Caral a été inscrite, dimanche dernier, sur la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO. Cela faisait plusieurs mois que le Pérou présentait Caral comme son site candidat. Le soutien national était d'autant mieux assuré que Ruth Shady, l'archéologue en charge des fouilles depuis plus de 15 ans, est également... présidente de l'ICOMOS - Pérou ! L'ICOMOS, Conseil international des monuments et des sites, est l'organe consultatif chargé de défendre les candidatures devant le Conseil du Patrimoine mondial.

La description donnée par l'Unesco est la suivante :
"Le site archéologique de Caral-Supe qui s’étend sur 626 ha est situé sur un plateau désertique aride en surplomb de la verdoyante vallée de Supe. Il date de la période archaïque tardive des Andes centrales, il y a 5 000 ans, et il s’agit de la plus vieille cité de ce type aux Amériques. C’est un site impressionnant en termes de conception et de complexité de ses éléments architecturaux et spatiaux, notamment de ses monumentales plateformes de pierre et de terre et de ses cours circulaires creuses. Caral, qui n’est qu’un des 18 établissements urbains de la zone, est particulièrement bien préservé. On y trouve une architecture complexe et monumentale, notamment six grandes structures pyramidales. Un quipu (une corde à laquelle plusieurs autres cordelettes nouées étaient attachées, servant à enregistrer et transmettre des informations dans les Andes) retrouvé sur place témoigne du développement et de la complexité de la civilisation de Caral. Le plan de la ville et certaines de ses composantes, notamment les structures pyramidales et le groupe résidentiel de l’élite, témoignent de fonctions cérémonielles, traduisant la puissance de ce que l’on pourrait qualifier d’idéologie religieuse. Le site doit sa remarquable conservation à son abandon précoce et à sa découverte tardive."


Pour répondre à une question formulée précedemment et à laquelle je n'avais pas encore eu le temps de répondre, les précédents articles consacrés à Caral (ici, et ) se fondaient principalement sur une brochure de 40 pages éditée par le projet archéologique : "Caral - Supe, La civilización más antigua de América", et le tome IX de l'Encyclopédie thématique du Comercio, "Primeras civilizaciones", rédigé par Krzysztof Makowski en 2004, des plus sérieux et estimables. Par ailleurs, la plupart des archéologues ou anthropologues péruviens que j'ai entendus sur le thème exprimaient des doutes sur les thèses de Shady, qui tient absolument à faire d'un site archéologique fait de constructions successives et distinctes, le modèle parfait d'une "ville sacrée", capitale d'un Etat archaïque, qui placerait le Pérou au rang des quelques foyers mondiaux de civilisation humaine. Se reporter au 2e article, où tout était dit.

Addendum : si cet article ne confirme pas mes dires...

jeudi 18 juin 2009

"Fausta", le destin d'une Péruvienne élevée au lait de la peur

Le Monde, 16 juin 2009

C'est un film d'après-guerre, une après-guerre qui n'en finit pas dans le Pérou d'aujourd'hui. Presque vingt ans après la défaite des guérilleros maoïstes du Sentier lumineux, les victimes (insurgés comme forces de l'ordre) souffrent encore.

L'un des visages de cette souffrance s'appelle Fausta, dont on va suivre le parcours, et qui donne son titre au film en France. Le titre original est La teta asustada : le sein effrayé. Car, en nourrissant leur enfant, les femmes violées par les combattants lui transmettaient leur souffrance, le maintenaient à l'écart du bonheur.

Tout ça, on le comprend très clairement dès la première séquence de ce beau film, le second de la cinéaste péruvienne Claudia Llosa, couronné de l'Ours d'or lors du dernier Festival de Berlin.

On entend, puis l'on voit une vieille femme alitée qui chante une complainte. La langue est indéchiffrable à nos oreilles, c'est du quechua, la langue des Incas. Les sous-titres nous disent la terrible histoire de la mourante, violée alors qu'elle portait l'enfant de son mari, assassiné sous ses yeux.

C'est la mère de Fausta, une jeune femme d'une beauté quasi extraterrestre. Emportée par la souffrance, la malheureuse laisse Fausta seule au sein d'un clan qui a fui son village pour s'installer dans un quartier précaire de la périphérie de Lima. L'oncle de Fausta, patriarche - bienveillant - de la famille, s'apprête à marier sa fille et demande à l'orpheline de pourvoir aux funérailles de sa mère.

La jeune femme est forcée de sortir de son isolement et trouve du travail comme domestique chez une pianiste qui habite les beaux quartiers. Le film suit alors un double mouvement : le deuil de la mère disparue, le retour de la fille dans le monde des vivants.

Dès son premier film, Madeinusa, Claudia Llosa jonglait entre la brutalité et la rêverie, l'horreur et la sensualité, d'une façon si clairement apparentée au réalisme magique des grands auteurs hispano-américains qu'on ne pouvait être surpris d'apprendre que la jeune cinéaste est apparentée à l'écrivain et homme politiqueMario Vargas Llosa.

Fausta se joue en partie sur ce registre. Pendant tout le film, le corps de la mère attend - quasi incorruptible - que sa fille ait trouvé les ressources pour le mener à sa dernière demeure. Cette présence muette et funèbre fait comme un bourdonnement sombre qui tend toute l'histoire. Mais celle-ci passe par des humeurs très variées. Au contact de la musique que joue sa patronne, Fausta retrouve les mélodies que lui chantait sa mère, en invente de nouvelles. Une intrigue secondaire - qui n'est pas l'élément le plus réussi du film - montre comment sa blonde maîtresse se sert sans scrupule du patrimoine ancestral, en une métaphore un peu trop transparente.

UN PHYSIQUE EXCEPTIONNEL

L'important est ailleurs, dans la métamorphose inexorable, aux étapes presque imperceptibles, de la jeune fille élevée au lait de la peur. Magaly Solier est une actrice au physique exceptionnel, mais celui-ci ne l'est pas assez pour distraire de son travail. Elle fait passer en Fausta des émotions aux nuances très fines. A travers la croûte de peur qui l'enveloppe depuis longtemps, on voit poindre l'amusement, la colère, l'espoir.

En contrepoint, Claudia Llosa chronique les préparatifs de la noce qui préoccupe tant l'oncle de Fausta. La réalisatrice donne une image très stylisée, souvent burlesque, de la vie quotidienne dans un quartier populaire de Lima. L'agitation, qui ressemble à celle qui fait grouiller un bidonville de Lagos ou de Lahore, se détache sur fond de montagnes écrasantes, sur une terre brune sans végétation.

On sent parfois que le cadre de l'image, l'organisation des mouvements des personnages frise la dérision. Mais, toujours, le film se reprend, et penche du côté du respect, pour régler son pas sur celui de Fausta.

lundi 15 juin 2009

Le Premier ministre péruvien demande pardon

Le Premier ministre péruvien, Yehude Simon, a annoncé qu'il démissionnerait après la fin des négociations entre le gouvernements et les nativos. "Je dois résoudre les problèmes avec nos frères amazoniens, conduire le pays vers la paix, après cela je n'aurai aucun problème à dire au président de la République que nous avons tenu parole, et je remettrai notre démission. J'assume ma responsabilité comme chrétien, et je demande pardon pour ce qui me revient."

dimanche 14 juin 2009

Plus de 500 étudiants de l'Université Catholique ont défilé pour l'Amazonie

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L'indignation, l'organisation et l'engagement de plus de 500 étudiants de l'université catholique du Pérou (PUCP) se ressentaient dans la manifestation pour la Journée nationale d'appui à la lutte amazonienne et de refus de l'autoritarisme gouvernemental, dans le centre de Lima. Les étudiants ont marché le long des avenues Universitaria, Colonial et Abancay. Parmi leurs slogans, "La selva no se vende, la selva se defiende", "Marcha, marcha, marcha, por un alto al fuego, no queremos ver más peruanos muertos", "Alerta, alerta, alerta que camina la marcha estudiantil por la amazonia". Leur solidarité constante face à la mort des policiers s'est particulièrement exprimée, dans leurs accusations du gouvernement : "Por culpa de García, mueren policías".
Ils défilèrent de manière pacifique et sans heurts jusqu'aux premières cuadras de l'avenue Abancay, avec les étudiants de l'université Ruiz de Montoya.
Dans les moments de répression, ils se replièrent sur la place de France, et décidèrent de cesser la mobilisation pour des raisons de sécurité ; cependant, ils condamnèrent les harcèlements et l'usage excessif de bombes lacrymogènes de la part de la police, considérant ces mesures manifestement disproportionnées au vu des actions réalisées par les étudiants.

Ils attirèrent l'attention sur le fait que le Comité de solidarité pour l'Amazonie et le Front pour la souveraineté et la vie avaient précedemment refusé ce type d'actions, et que l'usage de cocktails molotofs est resté le fait d'individus isolés. De même, ils restent préoccupés par la détention d'une quinzaine d'étudiants, et d'autres actes d'agression.
Finalement, il faut souligner que quelques-unes des pancartes et des slogans de la manifestations rappelaient que les demandes des peuples amazoniens ne se limitent pas à l'abrogation des décrets législatifs, mais remettent en cause le modèle de développement et l'action négative des transnationales : "Queremos masato, queremos maiz, las trasnacionales fuera del pais".
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Photos ici :)
Ah le dur apprentissage de l'exercice des droits démocratiques... Il paraît que ça a pas mal manifesté à Lima, en faveur des nativos.

lundi 8 juin 2009

Où l'on parle des "indiens du Pérou"

La stratégie économique du Président, depuis son élection en 2006, est résumée dans son célèbre discours sur "El perro del hortelano". Selon l'expression péruvienne, le chien du maraîcher ne mange rien, mais empêche quand même les autres de manger. Alan Garcia avait donc comparé le Pérou à ce perro del hortelano, assis sur un territoire extrêmement riche mais qu'il se refusait à exploiter et développer. Il s'emploie donc à favoriser l'investissement étranger, le Pérou n'en ayant pas les moyens. Les choses se compliquent lorsque l'on touche à la selva, la jungle amazonienne.

Contrairement à la Bolivie ou au Honduras, par exemple, il n'y a pas d'indiens au Pérou. Du moins, il n'y en a plus. D'une part, parce la plupart de la population est métisse ; d'autre part, parce que sous le gouvernement du général Velasco, le terme d'indio, trop péjoratif, a été abandonné au profit de celui de campesino. Il y a donc dans les Andes une forte population paysanne, mais pas de "population indienne".
Dans la selva, par contre, il reste des "nativos", des tribus amazoniennes, des ethnies assez écartées du développement économique, mais pas complètement de la vie du pays. Leur patrimoine culturel est reconnu, leur organisation relativement respectée. Il y a aussi, et surtout, tous ces Péruviens qui habitent les villes amazoniennes, tout en étant pleinement insérés dans la société. Ce sont surtout eux qui manifestent : il ne faut pas s'attendre à voir des hommes en pagne à demi-nus quand on parle de manifestations "d'Indiens" dans la jungle amazonienne...

Depuis quelques années, on observe au Pérou un mouvement "d'indianisation" de ces populations, vraissemblablement sous l'influence d'ONG nord-américaines qui cherchent à créer une conscience politique et à promouvoir les "droits des peuples indigènes". C'est un combat idéologique, sans doute également un anti-libéralisme par procuration de ces ONG, qui instrumentalisent et déforment de vagues concepts amérindiens (le respect de Mother-Earth et de la nature....) dans toute l'Amérique Latine.

L'année dernière, pour la première fois, les protestations de tribus amazoniennes ont fait reculer le gouvernement. Il semble que cette fois-ci, il y ait à la clé des ressources pétrolières récemment découvertes. Pour justifier le développement économique, le Président Garcia en revient aux vieilles attaques politiques : il dénonce les méthodes "terroristes", les attaques qui s'inscrivent dans le cadre d'un "complot contre la démocratie", et qui rappellent les années du Sentier Lumineux... Comme d'habitude.

Mais cette fois-ci, l'affaire a l'air sérieuse et les conflits, rudes. Ce qui pourrait provoquer du grabuge politique.

Violences en Amazonie

L'Express

YURIMAGUAS, Pérou - Une cinquantaine de personnes ont péri depuis vendredi dans des affrontements entre la police péruvienne et des tribus de l'Amazonie opposées à l'octroi de concessions à des compagnies minières étrangères dans la forêt équatoriale du nord du Pérou.

Manifestants et policiers face à face dans la province amazonienne de Bagua, dans le nord du Pérou. Une cinquantaine de personnes ont péri depuis vendredi dans des affrontements entre la police péruvienne et des tribus de l'Amazonie opposées à l'octroi de concessions à des compagnies minières étrangères dans la forêt équatoriale du nord du pays. (Reuters/Thomas Quirynen)

Manifestants et policiers face à face dans la province amazonienne de Bagua, dans le nord du Pérou. Une cinquantaine de personnes ont péri depuis vendredi dans des affrontements entre la police péruvienne et des tribus de l'Amazonie opposées à l'octroi de concessions à des compagnies minières étrangères dans la forêt équatoriale du nord du pays. (Reuters/Thomas Quirynen)

Les protestataires disent avoir perdu 30 des leurs dans ces affrontements, tandis que le gouvernement fait état de 22 membres des forces de sécurité tués en deux journées de heurts.

Face à ce bain de sang, des voix nombreuses se sont élevées pour réclamer la démission du Premier ministre, Yehude Simon. Ces violences, qui représentent la plus grave crise depuis l'arrivée au pouvoir du président Alan Garcia, soulignent les tensions entre les élites de Lima et le monde rural pauvre. Elles risquent de faire échouer les efforts du gouvernement pour ouvrir davantage le Pérou - en l'occurrence le secteur minier - aux investisseurs étrangers.

Le président Garcia s'en est pris aux protestataires, les accusant d'avoir attaqué leur propre pays, d'avoir agi comme des terroristes, et il a laissé entendre qu'ils y avaient peut-être été incités par des étrangers. Garcia, qui passe pour un critique acerbe des régimes de gauche d'Amérique latine, n'a pas voulu en dire plus.

L'armée a imposé des couvre-feux, mais les milliers d'Indiens révoltés, armés de lances de bois, ont juré de maintenir leurs barrages routiers dans l'Amazonie si le gouvernement ne renonce pas à vouloir briser leur mouvement.

"Nous luttons parce que nous craignons que l'on nous dépossède de nos terres", a expliqué un manifestant de 38 ans à l'un des barrages routiers.

Une dizaine de policiers enlevés par les manifestants ont été tués et une vingtaine d'autres ont été libérés lors de l'intervention de l'armée pour mettre fin à cette prise d'otages, a déclaré samedi à la station de radio RPP le chef de la police nationale Miguel Hidalgo. Plusieurs otages sont portés manquants.

Des milliers d'Amérindiens s'emploient depuis avril à bloquer routes et voies d'eau pour obtenir l'abrogation d'une série de lois adoptées l'an dernier pour encourager des compagnies étrangères à investir en Amazonie.

Imputant les violences aux manifestants, le président Garcia a estimé que le moment était venu de mettre fin aux blocages des routes, des rivières et des installations énergétiques.

Simon, ancien militant de gauche auquel Alan Garcia a fait appel voici un an pour tenter d'éviter des troubles sociaux dans le pays, n'a de son côté pas réussi à négocier l'arrêt des blocus en cours.






mercredi 27 mai 2009

La terrible MENACE de la grippe A

Au Pérou aussi, la Grippe A fait des ravages... dans les médias. Alors qu'aucune victime n'est à déclarer dans le pays, et qu'en même temps, 134 enfants sont morts de froid dans les Andes, ce qui se produit assez souvent à la même période. Un blogger a eu l'idée de comparer le temps consacré par Canal 4, la seule chaîne TV captée à l'étranger, à ces deux thèmes les 20-21-22 mai derniers.
Résultat : 41 minutes pour la Grippe A, 1 minute pour les enfants morts de froid.

Conclusion tranchante : 
"Pour conclure, j'espère que vous vous êtes rendus compte que cette fameuse grippe A-H1N1 n'est rien de plus qu'une grippe commune, et qu'elle a une mortalité de 0,8%, ce qui signifie que sur 100 personnes attaquées, 99 survivent. Il y a plus de probabilité de mourir renversé par un combi que de tomber malade, et encore moins de mourir, à cause de la grippe A. Nous sommes victimes d'une panique créée par les médias avides de transmettre de l'information sensationnaliste, épisodique et sans le moindre recul".

mardi 26 mai 2009

Le Figaro : Les enfants-soldats du Sentier Lumineux

Pérou : les enfants-soldats du Sentier lumineux 

Julie Connan 
(Capture Frecuencia Latina)

VIDÉO - Dans un reportage de la télévision péruvienne, de jeunes garçons, recrutés par cette guérilla maoïste diminuée, apparaissent armés, en train de scander des slogans à la gloire de la «révolution prolétaire socialiste mondiale».


C'est un reportage qui replonge le Pérou dans une période sombre de son histoire : celle du Sentier lumineux et d'un conflit qui fit 70.000 morts et disparus, entre 1980 et 2000. Sur des images diffusées dimanche par la chaîne Frecuencia Latina, au moins 17 jeunes garçons se présentent en bons petits soldats de cette guérilla maoïste, ou du moins ce qu'il en reste.

Âgés de 10 à 13 ans environ, ces jeunes guérilleros apparaissent en pleine formation militaire, dans la jungle amazonienne. Vêtus de sorte d'uniformes, ils scandent, le poing levé, «Vive le marxisme-léninisme, vive le maoïsme, pour la révolution prolétaire socialiste mondiale !» (à la fin de la vidéo)

On les voit également manipuler des fusils mitrailleurs, vraisemblablement volés à l'armée péruvienne lors d'embuscades passées. On ignore les conditions dans lesquelles ces enfants ont été recrutés.




Selon l'agence EFE, les restes du Sentier lumineux opèrent principalement dans la
vallée des rivières Apurimac et Ene, au centre et au sud-est du pays, une zone considérée comme hors de contrôle et dédiée à la culture de la coca.

Le reportage dévoile également pour la première fois le visage de Victor Quispe Palomino, alias «camarade José», un survivant des dirigeants de la guérilla, lors du conflit qui l'a opposée aux régimes péruviens successifs, ces 20 dernières années. Sur ces images, «camarade José» affirme que son organisation est une «nouvelle phase» du parti, sans lien avec le Sentier d'Abimael Guzman, son chef historique emprisonné depuis 1992.

Des enfants forcés à achever des soldats

«José», la cinquantaine, est aussi considéré comme le cerveau de la double embuscade qui a coûté la vie à 15 militaires en avril dernier, à Senabamba, à quelque 600 km de la capitale péruvienne, Lima. Cette attaque passe pour être la plus meurtrière du Sentier lumineux depuis 10 ans.

Ce reportage confirme d'ailleurs les récits des soldats rescapés de cette embuscade, qui avaient fait état de femmes et d'enfants en armes parmi les assaillants. Selon eux, des femmes forçaient notamment ces enfants à achever des militaires blessés.

Après la diffusion de ces images, dimanche soir, la Coordination nationale des droits de l'homme du Pérou a fait savoir qu'elle allait informer les Nations unies de l'existence de ces enfants soldats enrôlés.

L'Association des droits de l'homme (Aprodeh) a de son côté enjoint l'Etat de «récupérer et réhabiliter ces enfants sans les stigmatiser, car ils ne sont pas responsables, mais victimes d'enrôlement forcé et d'endoctrinement».

Le premier ministre péruvien, Yehude Simon, a répondu en dénonçant le fait que les «senderistes» utilisent des enfants pour abattre des soldats. Et d'ajouter : «il faut nous réveiller et nous rendre compte que le Sentier lumineux n'est pas vaincu et qu'il est toujours là».

vendredi 10 avril 2009

Fujimori condamné à 25 ans de prison

jeudi 2 avril 2009

Avec la crise, le Japon incite ses travailleurs immigrés à partir

Je viens de trouver un intéressant article sur les effets de la crise dans laquelle nous pataugeons depuis 9 mois déjà : le gouvernement japonais s'engage à verser 2300 euros à chaque immigré privé d'emploi décidant de quitter le Japon. Et parmi ces immigrés, on trouve 60 000... Péruviens !


"Le Japon a lancé mercredi un programme d'aide au retour pour des immigrés, notamment brésiliens et péruviens, venus dans l'archipel ces deux dernières décennies au nom de leurs "racines japonaises" mais privés d'emplois par la crise économique. Le ministère du Travail a annoncé qu'il allait verser 300.000 yens (2.300 euros) à chaque adulte et 200.000 yens pour chaque personne à charge.

La récession brutale qui s'est abattue sur le Japon frappe particulièrement les industries automobiles et électroniques, grandes employeuses de main d'oeuvre immigrée peu qualifiée et souvent sous contrats temporaires. Entre novembre et janvier, quelque 9.300 immigrés se sont inscrits auprès des services de placement des chômeurs, soit onze fois plus que l'année précédente, a souligné le ministère.

Ceux qui demanderont la prime au retour ne pourront toutefois plus jamais travailler au Japon, a-t-il prévenu.

Conséquence de la crise économique, le taux de chômage au Japon est passé à 4,4% de la population active en février, contre 4,1% en janvier. La plupart des économistes prédisent que le taux de chômage dépassera les 5% dans le courant de l'année, voire battra le record de 5,5% de 2002 et 2003.

Les autorités ont donc décidé d'inciter certains immigrés chômeurs à rentrer dans leur pays d'origine, une politique en contradiction apparente avec la volonté du gouvernement de faire venir à moyen terme davantage de main d'oeuvre étrangère, afin de compenser le vieillissement de la population japonaise.

Les immigrés brésiliens, environ 300.000 en 2006, représentent la troisième communauté étrangère au Japon et les Péruviens, quelque 60 000 en 2006, la cinquième.

Ces populations ont été encouragées à venir par les autorités nippones dans les années 90, dans le cadre de l'ouverture du pays à une immigration "d'origine japonaise". Ces immigrés sont en effet eux-mêmes des descendants d'émigrés japonais, partis s'installer au Brésil et au Pérou au début du XXe siècle".


Dans l'autre sens, le plus connu des Péruviens d'origine japonaise est l'ancien président Alberto Fujimori Fujimori (1990-2000), né à Lima de parents japonais. Après sa démission, il s'était réfugié un temps au Japon, où il avait été candidat -malheureux- aux élections sénatoriales de 2007. Il est actuellement jugé pour plusieurs affaires, et la plaidoirie finale est pour très bientôt, comme le rappelle cet article tout frais du Monde.

mercredi 1 avril 2009

Eurosocial et les bergères d'alpagas

Petit retour sur les relations Europe-Amérique latine...
EURosociAL est un programme de coopération de la Commission européenne pour promouvoir la cohésion sociale en Amérique latine. Un saupoudrage de bonnes intentions, d'une certaine façon,, financé par les Ministères des Affaires Etrangères français et espagnol, avec des actions très ciblées dans plusieurs pays, dans les secteurs de la justice, de l'éducation, de l'emploi, de la fiscalité et de la santé.
Un documentaire avait été réalisé l'année dernière, pour le Sommet de Lima : "Un cambio en la mirada", un changement de regard pour observer les réformes politiques et sociales du point de vue des personnes directement concernées. Il s'agit de cinq histoires personnelles, présentées par l'écrivain péruvien Santiago Roncagliolo : une femme guatémaltèque qui lutte contre la violence machiste, un français qui donne des cours de théâtres à des enfants argentins en prison...
Il y a aussi un histoire péruvienne : celle d'une alpaquera, une bergère d'alpagas. Ils ont été la chercher loin, là où l'Etat n'existe plus, à 5000 mètres d'altitude. Eurosocial lui offre des cours de capacitacion, de formation, qui lui permettent d'améliorer la qualité de sa production, de mieux s'intégrer dans le circuit économique, d'apprendre à parler en assemblée et de s'imposer face à son mari. 
La vie est belle...




(Je crois qu'il y a un problème avec les vidéos... j'essaye de réparer. Sinon, cliquez ici)

mercredi 25 février 2009

La teta asustada

La teta asustada, the Milk Sorrow, le sein appeuré...

C'est le titre du film de la réalisatrice péruvienne Claudia Llosa (nièce de l'écrivain Mario Vargas Llosa) qui vient de remporter deux prix, celui de la Fédération internationale des critiques de ciné ainsi que l'Ours d'Or de la 59ème Berlinale. Pour un coup d'essai -c'est le premier film péruvien à y être présenté-, c'est un coup de maître !

La teta asustada, c'est une étrange maladie transmise par le sein à leurs enfants par les femmes violées ou torturées durant leur grossesse, lors des années de "Violence politique", quand la guérilla marxiste-léniniste-maoïste-pensée Gonzalo du Sentier Lumineux s'affrontait aux Forces armées, entre 1980 et 1992.


La teta asustada, c'est l'histoire d'une femme atteinte de ce mal, qui veut donner un enterrement digne à sa mère qui vient de mourir. Un film sur la douleur et la souffrance des femmes andines, "un film contre l'impunité", selon sa réalisatrice, mais tout en retenue.

Je n'aime pas du tout le critique du Monde, qui écrit par exemple :
"Fausta, interprétée par la délicate et sublime Magaly Solier, c'est une sorte de Carla Bruni aux cheveux de jais et à la peau mordorée, qui chanterait en queicha [sic] (la langue des Indiens) et vivrait dans un quartier misérable, en faisant des ménages chez une riche bourgeoise de la ville, concertiste réputée qui lui vole ses chansons et son âme", ou plus loin, "autant dire qu'on navigue ici, à la fois médusés et éblouis, en pleine monstruosité latino-américaine", et enfin "Il faut impérativement retenir son nom, et inscrire désormais grâce à elle le Pérou sur la liste florissante de ce jeune cinéma d'Amérique latine qui se confronte, de film en film, à la question de l'aliénation"(?).
Je ne crois pas que ce soit l'Amérique Latine. C'est juste le Pérou.

Cette récompense change la donne du cinéma péruvien, qui, contrairement à l'Argentine ou au Brésil, est très peu développé... Si certains connaissent le désespérant "Chicha tu madre", présenté comme le film ayant fait le plus d'entrées au Pérou, ils mesurent le travail à faire. Le Président Alan Garcia a chaleureusement félicité la jeune réalisatrice et reconnu l'importance du cinéma pour la visibilité internationale du Pérou. Il y a des chances que cela soit suivi de réfomes du Conacine, le Conseil National de la Cinématographie, pour augmenter les aides publiques à la réalisation. La loi prévoit 7 millions de sols (un peu plus de 1,5 millions d'euros) d'aides publiques, mais le gouvernement n'en accorde que la moitié... situation qui devrait changer bientôt !

samedi 24 janvier 2009

José Carlos Mariátegui et la culture Chiribaya

Les crypto-marxistes (et d'autres!) auront reconnu la couverture des "Sept essais d'interprétation de la réalité péruvienne", l'oeuvre-phare de José Carlos Mariátegui, intellectuel péruvien du début du XXe siècle et fondateur du Parti Socialiste Péruvien (renommé "Communiste" juste après sa mort). Les archéologues, eux, sauront voir... l'iconographie Chiribaya !

Le lien n'est pas si étrange : la couverture des "Sept essais" a été réalisée par Julia Codesido (1892-1979), peintre proche du mouvement indigéniste à partir de 1925, et qui a même exposé au Petit Palais, à Paris, en 1953. Une partie de son oeuvre, sous l'influence du grand peintre Sabogal, est consacrée aux thèmes indigènes : paysans andins, recherche du monde rural, traditions artisanales... l'indigénisme était l'une des premières tentatives de création d'un art national. Il avait pour caisse de résonnance la revue Amauta, dirigée par Mariátegui. La couverture de cet ouvrage (l'un des plus marquant des ouvrages politiques péruviens) peut s'inscrire dans la dynamique indigéniste : il s'agit clairement de motifs iconographiques de la céramique Chiribaya, culture de la côte sud du Pérou à laquelle je consacrerai le prochain article.

Un peu dans le même esprit, Elena Izcue (1889-1970), que le Musée du Quai Branly exposait l'année dernière en complément des textiles Paracas, avait également réalisé de nombreuses aquarelles en s'appropriant l'iconographie préhispanique, dans les années 1920-1930. Le renouveau de l'art décoratif fit mieux connaître au monde occidental les découvertes archéologiques... Quelques infos sur elle ici (en espagnol) ou (Musée du Quai Branly).

mardi 9 décembre 2008

La poupée Chancay d'André Breton

Trouvé par hasard dans les collections d'André Breton, en vitrine au musée du Centre Pompidou : une poupée Chancay.
De la culture Chancay, qui s'est développée sur la côte centrale du Pérou entre 1300 et 1450, on en connaît surtour les tombes, j'en avais déjà parlé ici. Les poupées mortuaires, faites de tissus, étaient disposées dans les tombes pour accompagner le défunt.

On fabrique encore aujourd'hui des poupées de chiffon qui ressemblent à celle-ci.
Je ne sais pas comment André Breton se l'est procurée, mais ça m'a fait plaisir d'en retrouver une. Les surréalistes s'entouraient de tout plein de trucs exotiques: "des masques mexicains, des objets océaniens, des poupées hopi, des sculptures esquimeau..."
En cherchant bien, j'ai retrouvé dans le Mur Breton une céramique Nazca un peu cachée, et je me demande si sur la seconde photo, la statuette grise de gauche, à tête trapézoïdale, ne serait pas Chancay elle aussi.
"Le Mur Breton, reconstitué lors de la réouverture du Musée d'art moderne, rassemble plus de deux cents objets tels qu'ils étaient disposés à la mort d'André Breton dans la seconde pièce de son atelier, au 42 rue Fontaine où il vivait et travaillait depuis 1922. Cet étalage réunis toutes les catégories désignées pour L'Exposition surréaliste d'objets de 1936 : toiles et objets surréalistes (LHOOQ de Picabia, Tête de Miro, Picasso, Arp, nature morte du Douanier Rousseau, Giacometti, Boite en valise de Duchamp), objets naturels (racines, pierres), objets trouvés, objets interprétés, objets populaires, objets magiques (boule de voyante), objets sauvages ou primitifs, fétiches et masques précolombiens, africains et océaniens. Le Mur, work in progress, est un assemblage d'objets savamment placés selon des critères signifiants, reposant sur des lignes de force destinées à dialoguer entre elles".

lundi 8 décembre 2008

Lima, de l'autre côté

Deux minutes de Lima.

Juste un aperçu de Lima, divers fragments filmés plutôt dans le nord de la ville, au cours de ces interminables déplacements urbains en combi. On sort des quartiers "touristiques", par leur histoire (le centre-ville, avec le tracé espagnol en damier et ses vieux bâtiments du XVI-XVIIe, inscrit au Patrimoine mondial de l'humanité) ou leur confort (les "beaux quartiers" de Miraflores, San Isidro, Barranco... tournés vers l'occident et le "progrès"), pour entrevoir le quotidien humble, poussiéreux, travailleur, criollo, de Lima la fea ; ses façades décrépies, ses véhicules trop âgés, ses routes en mauvais état, son sable sale, ses marchés informels, ses couleurs délavées.
Et j'en viens à me demander ce qui m'y rendait si heureux, comment je trouvais si naturel ce qui, vu comme ça, parait tellement désorganisé et sous-développé. Et ces collines où s'entassent les migrants venus de la sierra, que l'on appelle pudiquement pueblos jovenes. Et cet étalement urbain désordonné, ces lignes de bus de dizaines et de dizaines de kilomètres, et ce bruit continu, klaxons, voitures, radios, Panamericanaaa, Rrradio Felicidad, cumbia, cris du cobrador annonçant ses destinations. Et ce ciel gris panza de burro, si triste et déprimant.
Et pourtant.
La gente.

mercredi 3 décembre 2008

El huerto de mi amada

Je viens de finir, ce matin, El Huerto de mi amada, livre d'Alfredo Bryce Echenique qui avait obtenu le prix Planeta en 2002 (le deuxième prix littéraire le plus doté au monde après le Nobel : 600 000 €).
Bryce Echenique, qui aura bientôt 70 ans, est l'un des grands auteurs péruviens, même s'il n'est pas aussi connu que Mario Vargas Llosa, et l'un des plus traduits. Ses livres sont pleins d'humour, d'ironie, de tendresse, de phrases interminables et mordantes, et trainent inlassablement au fil des années et des sentiments. Je connais à Lima une de ses aficionadas qui a lu trois ou quatre fois chacun de ses livres...

Même s'il réside aujourd'hui principalement en Espagne, notre Bryce a passé plusieurs années à Paris, étudiant la littérature française à la Sorbonne puis Vincennes à la fin des années 1960 (il a d'ailleurs passé mai 68 à Paris). Il en a conservé un certain goût pour le français, et une forte impression qui marque nombre de ses bouquins.

El huerto, cela signifie le verger, le jardin potager ; le jardin de ma bien-aimée, pourrait-on dire dans une inspiration biblique. Le titre vient d'une chanson créole de Felipe Pinglo.

L'histoire se passe à Lima, en 1957, dans la haute société péruvienne. Lors d'une fête donné par ses parents, le jeune Carlos Roberto Alegre di Lucca (disons plutôt Carlitos Alegre), 17 ans, tombe fou amoureux de doña Natalia de Larrea y Olavegoya (Natalia de Larrea, pour faire court), 33 ans, divorcée, séductrice, puissante. Il s'échappent de la fête, provoquent un scandale dans la oligarquia limeña et se réfugie dans ce jardin, à l'écart de Lima, protégés par un vieux couple de serviteurs italiens et un chauffeur en uniforme.

Et la vie s'écoule dans ce jardin, dans la Lima des année 1950, avec deux impayables jumeaux, Raul et Arturo Céspedes Salinas, prêts à tout pour parvenir au sommet de la mecque du firmament de la bonne société, Raul, oui, Arturo, qui étudient en médecine avec Carlitos et en profitent pour se faire introduire dans la bonne société, bien qu'ils vivent dans une maison démolissable rue de l'Amertume et méprisent leur petite soeur Consuelo, ni belle ni laide, la pauvre petite, au gré des phrases tendre de Bryce qui s'y connaît, le bougre, pour que défilent les jours et les mois dans le jardin, proche de Lima et de son avenue Javier Prado... Finalement, tout à la fin, Natalia parviendra à emmener Carlitos en Europe, où elle dirige plusieurs boutiques d'Antiquité à Londre, Paris et Rome ; Carlitos devient un grand médecin dermatologue, mais il reste un de ces dénouement sublimes dont Bryce a le secret.

Très belle description de la haute société liménienne des années 1950, qui était celle de l'auteur. Histoire d'amours compliqués, contrariés, fougueux et tendres. Du grand Bryce.

C'est après avoir refermé le livre que l'on comprend mieux les sept citations mises en exergue au début de l'oeuvre, dont (en français dans le texte) :

"Souvenir ridicule et touchant : le primer salon où à dix-huit ans l'on a paru seul et sans appui! Le regard d'une femme suffisait pour m'intimider. Plus je voulais plaire, plus je devenais gauche. Je me faisais de tout les idées les plus fausses ; ou je me livrais sans motif, ou je voyais dans un homme un ennemi parce qu'il m'avait regardé d'un air grave. Mais alors, au milieu des affreux malheurs de ma timidité, qu'un beau jour était beau !"

KANT

Et "Voilà donc le miracle de votre civilisation ! De l'amour vous avez fait une affaire ordinaire".

BARNAVE