













"L'exposition photographique de la Commission de la vérité présente des images de toutes les années de guerre, dans un recueil qui montre les meilleurs reportages de 1980 à 2000. Je visite l'exposition avec l'historien Iván Hinojosa, un matin où elle est présentée à un groupe d'étudiants. Les enfants ont environ dix-huit ans, cette guerre ne fait donc pas partie de leurs souvenirs. Ils observent l'exposition avec un intérêt muséographique. Au contraire, pour les gens de trente ans ou plus, c'est une expérience horrifiante. Notre mémoire avait essayé d'endormir ces images.
De nombreuses photos paraissent tirées d'un film gore avec leurs corps démembrés et ensanglantés. Sur certaines, il y a tant de cadavres qu'on ne peut pas les compter : les armes, les corps mutilés, les prisons sont des motifs récurrents. Sur une image apparaissent des soldats encagoulés chargeant des cercueils dans un camion. Sur une autre, un hameau de montagne rasé par le Sentier, encore fumant.
Les paysans assassinèrent les journalistes sans armes, de leurs propres mains. Mais cela n'est rien. Sans aucun doute, le plus macabre de l'exposition ce sont les salles audio.Une série de huit photos documente le massacre d'Uchuraccay, perpétré par erreur par les paysans d'un petit village, le 26 janvier 1983. Les victimes furent huit journalistes que les paysans prirent pour des terroristes. Un des journalistes, Willy Reto, réussit à prendre une série de photos alors qu'il marchait vers la mort.
La première image est une scène rurale. Des paysans marchent à travers de pacifiques versants de montagne. Le ciel est gris, les champs verts. Quelques-uns des journalistes apparaissent dans les images suivantes. Ils sont de dos, cadrés au-dessus des hanches. Il y a quelques paysans avec eux, et une femme en jupe et poncho. La situation est confuse. Quelqu'un porte une corde. Les journalistes lèvent les mains en l'air et laissent leurs sacs à dos de côté. Ils essayent de parler avec la femme. Les images sont désormais prises depuis le sol. Quelqu'un est agenouillé. Il y a un mur de pierre. La dernière photo n'est qu'une tâche d'encre.
Dans la première, on entend des voix d'enfants. Des enfants qui rappellent les tueries, les viols et les tortures. Sur une photo, un gamin armé d'un fusil de bois souffle les bougies d'un gâteau. C'est la célébration de l'anniversaire du Président Gonzalo dans la prison de San Pedro. Sur une autre, un groupe d'enfants des bidonvilles assiste à un cours d'éducation civique. Deux soldats armés de fusils et un sous-officier, pistolet à la ceinture, leur montrent le drapeau national.
Plus loin se trouve la salle dédiée à María Elena Moyano, une dirigeante de gauche de la communauté de Villa El Salvador, un district du sud de Lima. Dans la salle, on entend un de ses derniers discours. Elle demande que ceux qui s’opposent aux dirigeants le disent, qu’ils en discutent, mais qu'ils ne tuent pas leurs rivaux. María Elena fut assassinée et son cadavre dynamité en 1992.
Dans la dernière salle, alors que l'on croit que le pire est passé, on trouve une série de portraits. Des photographies de gens anonymes. On entend un murmure indéfini, un bruit blanc, comme le bourdonnement d'un essaim. Au fur et à mesure que l'on s'approche des photos, on distingue petit à petit des voix, puis leurs récits. Chaque photo a le sien, mais il faut s'approcher. Dans chaque photo il y a un visage que l'on n'a jamais vu et une histoire que l'on n'a jamais su, une histoire qui nous raconte, sans épargner les détails sanglants, les coups nocturnes à la porte, les mains accrochées aux bottes, les larmes qu’ils ont avalées.
Ce sont les disparus."

Santiago Roncagliolo, La cuarta espada, 2007
Pour les hispanophones, une BD inspirée du massacre d'Ucharracay est en ligne ici. Et une présentation de l'exposition Yuyanapaq, là.


L'humour péruvien existe donc : vous venez de le rencontrer :)



La diablada est donc très liée au catholicisme. En Bolivie, elle est particulièrement dansée lors du Carnaval d'Oruro, qui a été déclaré Patrimoine immatériel de l'humanité en 2001. Miss Bolivie 1990 a participé au concours Miss Univers en portant le costume de la diablad